1. DIEUDONNÉ en confiance
« Conformisme, insignifiance, soumission et docilité sont les mamelles de la réussite médiatique… »
Si on fait le point, partir des feux de la rampe, être copain avec la bande de Canal + pour être aujourd'hui dans flash, ça fait pas très winner… Des regrets ?
Je laisse le terme de « winner » typique de la culture capitaliste, à Olivier Besancenot de la LCR , puisqu'il a qualifié notre liste de « liste de loosers ». Mais pour répondre à votre question, je dirai que j'ai choisi de rester libre. Même si je compte toujours des amis dans ce milieu, sa fréquentation implique un certain nombre d'allégeances auxquelles je ne suis pas prêt, Je me refuse à faire des différences de traitement entre les communautés. Je me paie la tête de tout le monde, avec une prédilection pour les puissants ; Or, c'est le contraire qui est demandé. Conformisme et insignifiance, soumission et docilité sont les mamelles de la réussite médiatique. Très peu pour moi.
A quel moment est-ce que tout bascule chez vous ?
Je me suis toujours moqué des communautés, notamment religieuses, souvent avec férocité. J'ai dénoncé la bêtise, raciste ou non, partout là où je la voyais et cela ne m'a jamais posé de problèmes. Si j'ai parfois choqué, j'en ai été désolé, mais je ne me suis jamais renié. Mais, après un sketch somme toute anodin que j'avais improvisé pour une émission en direct, (chez Marc Olivier Fogiel, dans l'émission On ne peut pas plaire à tout le monde , sur France 3, NDLR) dans laquelle je caricaturais un colon israélien raciste, il y a eu une réaction totalement disproportionnée, hystérique, du « système » et des médias. On m'a alors sommé non seulement de m'excuser, mais également de renoncer à mes convictions, de dire le contraire de ce que je pensais sous peine de mort médiatique et commerciale. Comme je m'y refusais, on m'a traîné devant les tribunaux, diabolisé, interdit de salle… difficile dans ces conditions de ne pas prendre conscience de la surpuissance du lobby sioniste et de l'inégalité entre les communautés et les citoyens. Le problème, c'est que moi je ne fais pas de différence, si ce n'est entre les cons et les autres. « Les cons osent tout, c'est même à cela qu'on les reconnaît », disait, je crois, Michel Audiard. Eh bien, ils ont tout osé, y compris me présenter comme la réincarnation d'Adolf Hitler ! Ces gens sont des dingues !
Les candidatures d'humoristes, ce n'est pas nouveau en France. En quoi la vôtre diffère-t-elle de celle d'un Coluche, pour ne citer que lui ?
Coluche avait un grand talent comique, mais il n'était pas positionné sur les vrais tabous du « Système », ou alors de petits tabous. C'est la raison pour laquelle il bénéficiait de soutiens puissants, même s'il avait aussi de nombreux ennemis. Il avait d'ailleurs commencé à en prendre conscience, dommage qu'on n'ait pas pu voir la suite. Je suis curieux de savoir ce qu'il aurait dit aujourd'hui.
Quelle est la différence entre votre candidature européenne de 2009 et la précédente, celle de l'élection présidentielle de 2002 ?
La difficulté, d'abord. Une élection présidentielle nécessite des moyens considérables, notamment du fait des fameuses 500 signatures à collecter. Mais bien sûr, ma vision de la France et du monde, sans compter celle du pouvoir, a changé. En 2002, je pensais encore que Jean-Marie Le Pen était le principal ennemi de la liberté et de la démocratie. Même si je suis loin d'être devenu lepéniste, j'ai bien compris que Le Pen avait servi de leurre tout en favorisant, malgré lui, des haines sans objet pendant qu'une entreprise totalitaire continuait de se mettre insidieusement en lace : soit une sorte de totalitarisme économique et idéologique, véritable entreprise de domination d'un empire au service d'une minorité.
Est-ce que certains de vos anciens amis du showbiz continuent de vous soutenir, même discrètement ?
Oui. Mais comme ce sont mes amis, je me garderais bien de vous dire lesquels. J'ai choisi l'opposition frontale, mais c'est un choix personnel. Je n'ai pas à l'imposer à qui que ce soit. A mes amis, je conseille donc la discrétion et la prudence, en attendant le jour « J » ! Mais vous seriez sans doute surpris de connaître tous ceux qui, en sous-main, nous soutiennent et nous informent.
Vous ne mettez pas vos ancêtres camerounais dans votre poche. Quid de vos ancêtres bretons ?
Je suis Breton par ma mère et une bonne partie de ma famille vit en Bretagne. C'est une moitié de moi-même et j'y suis très attaché. Mais, même si les Bretons connaissent comme les autres, des difficultés croissantes, et je pense entre autres aux marins, vous conviendrez avec moi que leur situation n'est pas –encore– comparable à celle des Camerounais. Voilà pourquoi je m'exprime plus souvent sur ces derniers. Dans ce pays, la pauvreté fait des ravages, et les Pygmées de chez moi sont en voie d'éradication, pendant que les multinationales prospèrent. J'aurais le sentiment de trahir si je n'en parlais pas.
Aujourd'hui, où vous situez-vous sur l'échiquier politique français ?
A gauche, au sens noble du terme. Je suis un libertaire de gauche, et je me sens du côté des damnés de la république et du mondialisme capitaliste. Je pense que la concentration du capital dans les mains d'une minorité nous conduit à un monde totalitaire et violent. Je défends un monde multipolaire et un juste partage des richesses, je suis du côté de la lutte des classes et de la justice, du côté de l'égalité des droits, pas seulement des chances.
Hormis l'antisionisme, quel est votre projet européen ?
Nous défendons une vision de l'Europe qui soit démocratique et respectueuse des différences. Une nouvelle organisation doit naître, en lieu et place de l'UE, tout come doit naître une organisation de défense qui se substitue à l'OTAN. Une Europe de la subsidiarité qui soit susceptible de rompre avec l'ordre capitaliste et sioniste, et qui fasse du développement du Sud une priorité. Le destin de l'Europe et de l'Afrique sont liés. Une authentique coopération doit se mettre en place, au service de tous. J'ajoute que cette nouvelle organisation ne doit pas être exclusive. La francophonie aussi me parle. Et l'idée d'une véritable organisation francophone me plaît tout autant, dès lors qu'elle ne verse pas dans le néo-colonialisme.
(Propos recueillis par Auguste LEROUX, in FLASH, journal gentil et intelligent , n° 14, 21 mai 2009, http://www.flashmagazine.fr )
2. YAHYIA GOUASMI : « Les chrétiens de France doivent reprendre leurs droits sur la terre qui est la leur ! »
Ancien président de la Fédération chiite de France et désormais celui du Parti antisioniste, Yahia Gouasmi se retrouve désormais colistier de Dieudonné. Et quand il parle, il n'y va pas par quatre chemins…
Quand on vous dit que vous risquez d'être catalogué « antisémite », que répondez-vous ?
Ce terme d'antisémite n'a pas de sens. Pour commencer, les Juifs, les Arabes et les maghrébins sont tous des « Sémites ». Le problème du sionisme, c'est qu'il finit tôt ou tard par nuire au peuple juif. Depuis sa création, le sionisme des pères fondateurs, tel Théodore Herzl, n'a fait que creuser le fossé entre des peuples qui vivaient pourtant en bonne intelligence depuis des siècles.
Vous paraissez assez critique quant au rôle du CRIF, Conseil représentatif des Institutions Juives de France…
Quelle institution communautaire se permettrait, en France, de convoquer annuellement les élus français afin de leur faire la leçon ? Sûrement pas les chrétiens et encore moins les musulmans…. Et cela, je le dis haut et fort, tout en étant antisioniste et philosémite !
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que je fais la différence entre les juifs et les sionistes ; entre les enfants d'Abraham et les autres, dont les objectifs sont plus géopolitiques que religieux… Les juifs sont mes frères et les sionistes mes adversaires…
Et en quoi l'antisionisme serait-il un enjeu européen ?
Tout simplement parce que la question du sionisme bloque toute forme de débat en France ; C'est la systématique réduction « ad-hitlerum » évoquée par mon ami Alain Soral ; que l'on parle d'immigration ou de lutte contre l'insécurité, que l'on se permette de critiquer la politique israélienne ou les positions du Quai d'Orsay, on vous renvoie fatalement à la question de l'antisémitisme. Ce débat est donc biaisé à l'origine et nous sommes là pour remettre un peu de liberté d'expression dans le débat.
Et les « Gaulois » chrétiens, peut-être un peu fatigués de ne plus se sentir chez eux en France, que leur dites-vous ?
Je leur dis simplement que la France est une terre chrétienne ayant vocation à le rester et que c'est à eux de reprendre leurs droits ancestraux. Moi, en tant que musulman, je sais que je dois m'adapter à ma terre d'accueil, tout comme les juifs doivent aussi le faire. L'une des raisons de ma présence sur la liste de mon ami Dieudonné consiste aussi en ce message lancé aux chrétiens de France : « Soyez maîtres chez vous ! »
Du coup, les propos de Benoît XVI en Palestine ont dû vous réjouir…
En tant que musulman chiite, je n'ai pas vocation à juger les faits et gestes du chef des catholiques. Je me bornerai seulement à dire que lorsqu'il préfère l'entente des civilisations au choc de ces dernières et qu'il esquisse la renaissance d'un front du sacré contre les forces de Veau d'or, il m'est difficile de ne pas applaudir…
Et pourquoi rejoindre, sur une même liste, des personnalités aussi atypiques que Dieudonné ou Alain Soral ?
Tout simplement parce que cette liste incarne le meilleur de la France , la liberté, l'égalité et la fraternité. Je dirais ainsi que la liberté de ton et d'expression, c'est Dieudonné. Que la passion de l'égalité entre tous les Français s'incarne en Alain Soral. Et que la fraternité entre croyants et hommes de bonne volonté, c'est un peu moi…
(Propos recueillis par N. G. in FLASH, journal gentil et intelligent , n° 14, 21 mai 2009, http://www.flashmagazine.fr )
3. ALAIN SORAL : « Dieudonné, c'est le refus de ce communautarisme geignard, haineux et spéculateur… »
Si l'on résume, votre premier contact, c'est une sortie de Dieudonné sur la traite négrière, vous qui le tacklez dans l'un de vos Abécédaires de la bêtise ambiante , avant de vous retrouver sur la même liste… Expliquez-nous tout ça…
En effet, j'avais écrit un texte dans mon premier Abécédaire , intitulé « Dieudonné et l'esclavagisme », où je lui reprochais son essentialisme anti-esclavagiste (en gros, tous les Blancs ont déporté tous les Noirs) et où je m'efforçais de lui démontrer que dans le monde réel, plus complexe que le catéchisme des droits de l'homme, il avait, lui, Dieudonné, métis breton-camerounais, plus de chance de descendre d'un marchand d'esclaves que moi, petit Français tout blanc, fils et petit-fils de Savoyards… Interpellé par mon texte, il avait souhaité me rencontrer. L'entrevue a donc eu lieu à son théâtre de la Main d'Or où, après une chaleureuse discussion, chacun convenait que l'autre était animé, au-delà de son point de vue de départ, par le même désir de vérité et de justice. C'était quelque temps avant son sketch sur le colon israélien. Et lorsque je vis à quel point il était injustement attaqué, j'acceptai immédiatement d'aller le défendre dans les médias, d'autant plus que nous n'étions pas légion pour le job ! Un soutien répété qui m'a valu, bien sûr, de le rejoindre à mon tour sur la liste des proscrits. Vous comprendrez donc que lorsqu'il a lancé son appel pour les élections européennes, je me sois dit que, quitte à être sur la liste des proscrits du sionisme, autant être aussi sur la liste antisioniste !
Il y a toujours en nous quelque chose de Tennesse, à en croire Michel Berger. Qu'y a-t-il d'Egalité et Réconciliation chez Dieudonné ?
Je dirais le refus de ce communautarisme geignard, haineux et spéculateur, dont une certaine communauté s'est fait la spécialité et qu'il ne veut absolument pas comme modèle pour les Noirs !
Son désir de réconciliation fraternelle, au-delà des différences, sur les valeurs universelles de dignité et de partage… La conscience enfin qu'aucun groupe ne peut prétendre au monopole de la souffrance, et que la persécution, à un moment ou à un autre de l'Histoire, peut devenir le lot de n'importe quelle tribu de l'humanité souffrante ; un jour les Indiens et les Africains, un jour les Juifs, un autre les protestants, un autre la noblesse française catholique…
De votre compagnonnage au FN à celui de la liste Dieudonné, où est le fil conducteur ?
Pour corriger une mauvaise habitude des médias, rappelons que si j'ai passé un an au Front national comme conseiller de le Pen, j'en avais passé sept auparavant au PCF…. Le fil conducteur ? Un invariable désir d'insoumission au Système qui exige de changer de posture en fonction de ses métamorphoses, ce que les imbéciles ne comprennent pas toujours… Le goût des personnages de talent et hors normes, comme le sont Le Pen et Dieudonné… Et, au-delà des individus, mon indéfectible attachement au peuple de France, et mon définitif refus d'intégrer ses élites menteuses et manipulatrices…
(Propos recueillis par N. G. , in FLASH, journal gentil et intelligent , n° 14, 21 mai 2009,
http://www.flashmagazine.fr )