par Maria Poumier
"Je n’ignore rien de ce qui existe dans nos banlieues, avec leurs zones de non-droit, le champ libre laissé aux trafiquants, les divisions ethniques… Je n’ai pas oublié les affrontements graves de 2005. Mais je n’en tire pas la même leçon que ceux qui y ont vu le prodrome d’un embrasement généralisé. Certes, on n’est jamais à l’abri d’un enchaînement de conséquences qui peut mener à des extrémités meurtrières. Mais celles-ci ne se sont pas produites alors même qu’on pouvait les redouter. Je ne suis pas loin de penser que cette limitation de la violence n’est nullement fortuite. Il s’est produit - qu’on le veuille ou pas - un phénomène d’autolimitation généralisé. Ce sont les voitures qui ont brûlé, grâce à Dieu il n’y a pas eu de morts. Ce qui est pour moi l’indice que les émeutiers n’ont pas voulu dépasser un certain seuil, en dépit du processus extrêmement dangereux dans lequel ils s’étaient avancés."
Ce paragraghe figure dans un article de
France-Catholique, et il constitue un signe magnifique de renaissance générale. Cet organe habituellement considéré comme conservateur et représentatif de la crispation bourgeoise devant sa propre liquidation au profit d'élites plus riches, plus cyniques et plus impitoyables, reconnaît de fait la mesure et la prudence, la sagesse qui préside à la mobilisation croissante de la banlieue. En bonne logique, l'auteur se félicite du dialogue spirituel qui s'amplifie de minarets en clochers, et stigmatise les laïcistes, les seuls à souffrir véritablement d'un déficit d'être,et donc à rechercher fébrilement un fétiche de substitution, qu'ils appellent identité nationale.
Cette situation, nous l'avons vue cristallisée hier, au théâtre de la Main d'Or, où se tenait un débat sur l'idientité nationale, organisé par Ahmed Moualek, alias
La banlieue qui s'exprime. Chacun y est allé, de l'exposé de sa souffrance de discriminé; on prenait la parole en tant que noir, en tant que blanc, en tant que musulman. On invoquait les tziganes et les asiatiques, pour faire bonne mesure. On cherchait où était passé le destin de la France, et la dignité de chacun. Puis on a repéré les tabous, ce dont le gouvernement veut nous détourner, en mettant au beau milieu du tapis la pomme de la discorde, le sujet de débat prévu pour jouer le rôle fédérateur d'un leurre majeur : tabou n° 1: qui constitue le pouvoir réel, celui qui doit rester hors débat; tabou n°2: qui constitue le bouc émissaire, le groupe des plus dégradés, sur lequel on nous invite à rejeter toutes les responsabilités de nos misères; tabou n°3: entre clochers tombant en ruines et minarets prêts à pousser comme des champignons, les emblèmes altiers des macDo, comme les flèches vers laquelle convergent nos pélerinages vers nos tentaculaires temples du commerce: or ceux-là sont hors-sujet, leur prolifération seule ne doit pas faire problème.L'écoute et l'entente étaient remarquables, à ce stade, parmi les participants: chacun était venu pour avancer ses pions, imposer sa chapelle; mais déjà l'on créait autre chose, un socle commun. Dieudonné est arrivé. Il a nommé l'ennemi qui nous unit: le sionisme ou le CRIF, qui le personnifie. Il a nommé le sentiment qu'il nous faut cultiver, pour déclencher quelque chose de créatif et de contagieux: l'exaspération. Il a nommé le but de la révolution en marche: la dignité, qui est l'amour de la liberté. Il a annoncé le lieu d'où part l'incendie: les Antilles, où les rapports de pouvoir sont si nets, où les medias nous cachent le fait capital que le LKP est dans les faits suivi et animé par des gens de toute couleur, des gens qui ont réglé leur problème identitaire. Le Guadeloupéen présent a renchéri, a développé.Le syndicaliste Jean Marie Kei a caractérisé le "nègre fondamental" que nous pouvons tous devenir.
Le dernier mot revient à Shakespeare: To be or not to be, voilà la seule question. L'identité nationale qu'est-ce que c'est? Ou bien nous sommes, dans la mesure où nous prouvons le mouvement en marchant, ou bien nous avons cessé d'être, parce que nous acceptons le statut du bétail qu'on nourrit, qu'on exploite, qu'on vaccine et qu'on envoie à l'abattoir dès que notre rendement faiblit: le degré suprême de l'esclavage, l'esclavage consenti. Il faut croire, pour dépasser les irritations et allergies réciproques, croire en notre liberté fondamentale. L'équation mortelle dans laquelle veut nous précipiter le pouvoir réel se lit dans l'affaire Fofana: le CRIF a obtenu du ministre de la justice de piétiner la loi française dans un seul but: aggraver la vengeance légale contre l'entourage d'un délinquant noir déjà condamné. Il s'agit de précipiter par réflexe tous ceux qui ne se sentent ni noirs ni délinquants dans le rejet des nouvelles classes dangereuses, les derniers arrivés parmi les nouveaux Français, les plus démunis de papiers et d'écritures en tout genre. Les fortes voix des présents hier, et de l'absent Kémi Seba, privé du droit de poser le pied à Paris, sanction infamante et immensément symbolique, prouvent, très précisément, que le salut de tous est en marche grâce à ceux-là mêmes qu'on désigne à la vindicte populaire: ceux qui civilisent à nouveau la France, par une générosité et un courage qui font défaut, en ce moment, à l'Europe empâtée, celle qui a peur, parce qu'elle se sait condamnée par les vices auxquels elle tient plus que tout. Mais nous qui n'avons pas peur, nous les antisionistes, nous avançons et nous rallions, débarrassés du mensonge qui tue, et décidés à nous soumettre à ce qui nous dépasse, que toutes les traditions appellent le Dieu unique, le vrai Dieu; la plupart des laïques honnêtes le respectent aussi, d'ailleurs, même s'ils ne le reconnaissent pas sous ce nom.