Le 8 décembre 2005
L’éditeur marocain d’un
écrivain israélien vient d’être condamné par la justice française pour incitation à la haine raciale (contre les juifs). C’est une première mondiale qui mérite toute notre hilarité ! Ce livre n’avait pas empêché les Israéliens de dormir, jusqu’à présent, mais en France on le considère comme une lecture très dangereuse, méritant un châtiment exemplaire. En Israël, c’est vrai, on a d’autres moyens pour se débarrasser des gêneurs : la diffamation ou l’assassinat ciblé, la combinaison des deux, ou encore des gestes furtifs, discrets et définitifs. La sanction est tombée en France parce que la diffamation internationale sur le compte de l’auteur n’a pas fonctionné selon les prévisions des agents israéliens, n’a pas préparé correctement l’opinion à accepter une disparition physique prématurée. L’éditeur du livre incriminé L’Autre visage d’Israël, Fleurs de Galilée fait appel de sa condamnation. Les sanctions décidées par le juge ne sont donc pas exécutoires pour le moment. C’est donc le bon moment pour lire et faire lire l’ouvrage, et parler de l’auteur.
Il nous dit que c’est le déclenchement de la deuxième Intifada qui l’a décidé à opérer un double virage : il s’est mis à écrire en anglais, pour être lu bien au delà de son pays, et à développer un antisionisme radical. On peut se demander si les progrès de la recherche historique sur la Deuxième guerre mondiale, contredisant la lecture sioniste de l’épisode nazi, n’ont pas été décisifs aussi dans l’évolution d’un bagarreur né, toujours à la recherche d’une guerre juste où investir son talent, sa culture et son courage. Formé par la pensée russe (puisque russe de naissance) peu soucieuse de mesure ou de compromis, et par la rigueur critique de Noam Chomsky sur les méthodes de l’impérialisme contemporain, il se lance sur internet : ses premiers articles de commentaire à la guerre en Palestine ont surpris ses lecteurs par un lyrisme non dénué d’humour, associé à la justesse du tir pour déconstruire l’idéologie sioniste. Il y avait dans ces premiers textes « Le viol de Dulcinée », « Ode à Farris Odeh ou le Retour du chevalier », « Le Prince charmant », « Les deux sœurs », « La tresse du Baron », « Prends l’oseille et tire-toi », « La Ville de la Lune », « La pluie verte de Yassouf » ce qui manquait jusqu’alors à la littérature antisioniste : la capacité de retrouver les schémas mythiques qui donnent leur silhouette définitive aux événements ; on sentit la divination à l’œuvre. L’impact de ces textes, circulant tout de suite sur internet, a été salutaire dans le monde occidental ; ils rétablissaient la circulation de l’humain entre l’Iliade et notre triste époque journalistique ; ils abolissaient la propagande et découvraient les passions. Les deux héros de toujours ressuscitaient : Hector, le Troyen noble, le vaincu grandiose, celui qui défendait, tout simplement, son pays et sa lignée ; Hélène, la beauté muette et idéale, qui n’appartient à personne, mais pour laquelle les hommes foncent dans les murs et organisent des carnages. Et à nouveau l’on voyait les dieux jaloux à l’œuvre, et le destin des individus prendre sens dans l’affiliation à chacun d’eux. Certes, un horrible fantôme médiéval ressuscitait aussi entre les lignes : le Fagin d’Oliver Twist, l’Avare de Molière et le Marchand de Venise de Shakespeare, ou encore l’Oncle Picsou, version soft de ce que chacun rejette : la convoitise maladive, honteuse, hypocrite, pour tous les trésors, y compris la pierre précieuse entre toutes : l’innocence ; et on reconnaissait là une quintessence de ce qui fait le malheur de la Palestine. Non que la Palestine soit une caverne d’Ali Baba, comme la sombre Afrique sur laquelle se jettent les pillards. Shamir fait percevoir l’acharnement israélien sur la Palestine comme sur une personne vivante unique, pour lui faire rendre gorge.
Pour combattre les fantômes, il est sain de les regarder en face. Les Arabes trouvent les écrits d’Israël Adam Shamir normaux, tout à fait dans leur tradition, et naturels comme la végétation locale. Mais la lecture des articles qui composent L’Autre visage d’Israel a eu un effet prodigieux sur les Occidentaux, l’effet cathartique, la délivrance des deux passions qui paralysent, la terreur et l’apitoiement. Le partage de rôles entre Américains et Israéliens, institutions communautaires, propriétaires des médias, représentants politiques dans différents pays, tout cela devenait très clair, avec des données précises, qui n’ont pas été contestées.
L’auteur a vécu sur lui-même les effets de la catharsis : il s’est retrouvé converti au christianisme orthodoxe oriental, comme si le Galiléen l’avait attendu au détour d’un chemin, et l’avait surpris. Il a fait paraître une deuxième série d’articles où la réflexion sur le rôle respectif des histoires religieuses était approfondie, sous le titre
Notre Dame des Douleurs, à paraître incessamment en français.
Face aux accusations d’antisémitisme qu’il voyait venir de la part des intellectuels juifs tenant à garder un pouvoir en tant que tels, il a publié un petit ouvrage qui entend régler au fond cette question épineuse des rapports entre théologie juive et chrétienne : PARDES, une étude de la Kabbale. La conclusion est tranchée : il est urgent de rejeter le paradigme juif qui organise tout le monde occidental actuellement. Les connaissances en théologie qui y sont transmises peuvent relever du poncif pour ceux qui en ont imprégnés ; mais s’agissant du domaine où l’amnésie générale a atteint des niveaux pornographiques, au contraire, il y a pour un lecteur formé à l’école laïque un enchantement à découvrir comment christianisme et judaïsme articulent le sens du divin, le rapport à la politique, à l’argent, à la finitude individuelle. Tout tourne en fait autour du pouvoir, que les deux religions envisagent de façon opposée. Les Grecs considéraient que l’hybris, l’ambition de dominer jusqu’à la nature, au point de créer des hybrides, était la folie suprême : or dans le monde occidental, nous fonctionnons sans le savoir selon cette aberration, que le paradigme juif ne condamne pas, nous nous croyons investis de droits illimités, non pas à titre individuel, mais dans le cadre d’un projet que nous croyons universel, pour ainsi dire d’origine divine, dont nous ne connaissons pas les limites L’attachement à la laïcité a permis une expansion extraordinaire de la perception judaïsante des priorités, une transmission efficace des méthodes recommandées par la culture juive, et l’adhésion sentimentale des intellectuels à ce qui porte explicitement le label juif.
Il n’y a pas de théorie conspirationniste là-dedans, mais une recherche sur l’inconscient collectif. Par sa culture juive et israélienne, l’auteur est particulièrement bien placé pour expliquer notre inconscient collectif. Si les livres d’Israël Adam Shamir constituent bien un danger pour l’ordre public, c’est parce qu’ils s’attaquent au siège du gouvernement moral de nos sociétés. Au XIXe et au XXe siècle, ce sont des romans qui ont fait l’objet de grands procès en sorcellerie. Les femmes, plus ou moins enfermées dans des rôles imposés, étaient les premières lectrices de roman, c’était une évasion et l’éclaircissement de leur révolte qu’elles y cherchaient ; et elles semblaient capables de déclencher des révolutions. Heureuse époque où la fiction, l’imaginaire, étaient si redoutables ! Les juges de Flaubert et de Baudelaire, d’Henry Miller et de Nabokov sont oubliés, et leurs verdicts ont fait la meilleure publicité pour les ouvrages qu’ils condamnaient. La libération de l’érotisme a été détournée par la violente expansion du commerce pornographique actuel.
L’ironie de l’histoire veut que de nos jours, c’est le culte à la Vierge Marie qui soit poursuivi, à travers les écrits de Shamir. A l’écart du lexique moderne communément admis, le culte marial retrouve un sens en tant que dévotion pour la pureté féconde. Ne pas avoir peur des mots, entendre l’esprit dans la nature et dans l’histoire, ne pas céder aux offres corruptrices : voilà la virginité, celle de Jeanne d’Arc, par exemple, comme le ressentait Péguy. La parole qui se répand comme la poudre, comme l’Esprit Saint, qui se donne et fait des petits sans compter : voilà la maternité complète. Shamir rattache le culte à la Vierge Marie, si choquant pour l’esprit scientifique contemporain qu’il n’essaie même pas d’en rendre raison, à la sensibilité écologique, à l’amour de la terre qui nous porte et nous nourrit, sans rien devoir à l’humanité.
C’est la certitude que la méthode de Shamir est la bonne, qui nous fait partager sa conclusion : « De fait, tout en condamnant la théologie et l’idéologie juives, ce que nous désirons faire, c’est sauver les juifs du mauvais sort, les rendre bons. Le feu de la Palestine y contribuera. » C’est un ordre périmé, parce qu’excessivement éloigné du salut planétaire en question en ce moment, que les persécuteurs de Shamir veulent maintenir par la menace de sanctions. C’est nous, les Occidentaux en général, qu’il tente de « sauver du mauvais sort, rendre bons ». Plutôt que d’être choqués par le reflet qu’il nous renvoie, acceptons donc sa réforme, sans quoi ce sont tous les autres peuples, ceux qui croient dur comme fer à la réelle magie de l’immaculée conception, dans la nature et par l’esprit, qui gagneront la bataille de l’esprit et se riront de nous à juste titre.
Justement, nous venons d’apprendre que la LICRA, non contente d’avoir obtenu du T.G.I. de Nanterre une condamnation ruineuse pour l’éditeur de Shamir à Paris, est parvenue à faire arrêter en Israël ( !) l’écrivain israélien ( !) Israel Adam Shamir, auteur de L’Autre Visage d’Israël, l’ouvrage incriminé pour antisémitisme. On l’aura compris, la Ligue contre l’antisémitisme et le racisme a de la suite dans les idées : tous des Antisémites, les gens qui imaginent autre chose que le Mur de la Haine, entre Israéliens et Palestiniens, et qui font savoir leur préférence pour un État Démocratique garantissant les mêmes droits pour tous les habitants de la Palestine historique. Et la LICRA n’a apparemment pas peur d’en fabriquer, des Antisémites, comme si c’était ce qui fait tourner sa boutique…
Après quatre heures de détention, la police israélienne a relâché Shamir. En attendant la suite, peut-être des saisies et rafles en France, comme dans une vulgaire république bananière aux ordres de son maître, on peut lire en français deux ouvrages d’Israel Adam Shamir : L’Autre Visage d’Israël, toujours au catalogue de la FNAC (car l’éditeur ayant fait appel, le livre n’est nullement interdit), et PARDES, une étude de la Kabbale. Mais ce livre-là étant encore plus subversif, il est réservé aux adhérents de notre association pour la défense de la liberté d’expression « Entre la Plume et l’Enclume » ; on peut aussi réserver par son intermédiaire un exemplaire du prochain Shamir, Notre Dame des Douleurs, à paraître en janvier 2006, qui déborde le cadre de la Palestine, se mêle de la guerre en Irak, de la couardise européenne, et de bien d’autres questions déplacées. On y trouve par exemple ceci : « Oui, il est possible de combattre une religion, en particulier le néo-judaïsme, forme extrême d'hérésie. Nous devons en montrer les racines religieuses, en profaner l'héritage sacral, en ridiculiser les concepts, en éclairer les crimes. Quand les précurseurs du néo-judaïsme ont entrepris leur guerre contre l'Eglise, ils ont commencé par tourner ses dogmes en dérision. De ce point de vue, l'acteur de 'one man show' Dieudonné a fait plus que quiconque pour mettre un terme au Jihâd [sioniste]. »
(http://plumenclume.net). Adhésion donnant droit à l’envoi d’un exemplaire de PARDES : 20 euros. Ecrire à : plumenclume@yahoo.com
Autres éditeurs d’Israel Shamir : Dandelyon, Tempe, Arizona; Tchass Technique, Ultra Kultura, Moscou, Ojeda, Barcelone, CRT, Rome, Promedia, Vienne.
Editions originales des écrits d’Israel Shamir relatifs au sionisme : Flowers of Galilee, Dandelyon, Tempe, Arizona, 2004 ; Our Lady of Sorrow, Booksurge, Londres 2005; The Pardes, Booksurge, Londres 2005; Le Pin et l’Olivier, Tchass Technique, Moscou.