par Maria Poumier
Un point sur la répression des pensées interdites, ce que l'on est censé célébrer bruyamment, tous les ans, depuis 2005, comme une grande victoire, à l'occasion de la "Journée Mondiale de Commémoration de la Mémoire de l'Holocaustre".
(Voir aussi: "Revisiter la Journée Mondiale de l'Holocauste"
http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art209
Nos sionistes ont, cette année, semble-t-il, le bec cloué. Oui, bizarrement, sur la scène judiciaire et médiatique française, on ne les entend plus:
- en 2009, la 17ème chambre a concédé, tout à fait officiellement, que M Faurisson n'était point un faussaire de l'histoire.
- En 2009, pas un sioniste ni de droite ni de gauche, ni juif ni chrétien, n'a vu passer sous son nez le livre
Sarkozy, Israel et les juifs, qui les nargue et les démasque tous comme simples complices maffieux d'un Etat criminel; non, ils ont regardé ailleurs, c'est tout.
- Personne ne leur a donc dit que le livre demande, en conclusion, l'abrogation de la loi Gayssot? Et qu'ils devraient protester avec la plus grande vigueur? Non, ça ne les empêche pas de dormir, ils ne poussent pas leurs cris d'or frais habituels. Bizarre bizarre...
- En 2009, un Williamson a dit ce qu'il pense en Allemagne, a été publié par Der Spiegel en Allemagne, va passer pour cela en justice en Allemagne, et en France, pas un serviteur patenté des Maîtres du Discours, pas un journaliste, pas un religieux, pour lui faire un venimeux reportage, ou un article, rien, pour le démolir sérieusement, au moins?
- Non, la scène des matamores de la rhétorique sioniste est déserte. Ni BHL, ni Finkielkraut n'ont rien à dire. Ni les autres non plus, les non-juifs aboyeurs coutumiers.
- En 2010, on ressort "Shoah" à la télé, parce qu'il n'y a RIEN d'autre à montrer, et le journaliste incrédule de France Q nous y avait préparé, lors d'une émission récente où il écoutait respectueusement Lanzmann expliquer sans rire qu'effectivement, il a une mémoire disproportionnée, incroyablement fiable, ce qui doit suffire à le mettre au dessus de toute question teintée d'interrogation.
- Ainsi donc, la bourgeoisie, cette année, n'a rien à dire sur le fond de l'indignation contre les mythes fondateurs de l'Etat d'Israël. Seule explication: elle a compris. Elle a compris qu'elle s'est fait avoir: pour la bourgeoisie chrétienne, avec les histoires de chambres à gaz censées justifier les massacres de Palestiniens; et pour la bourgeoisie juive, elle a compris qu'avec les mensonges du 11 septembre, puis celui des armes de destruction massive en Irak, le tout toujours sur fond de lutte contre les horribles antisémites qui réfutent le moindre bobard, elle est prise, définitivement, la main dans le sac. Karlsfeld refusant d'embrayer sur les litanies israéliennes contre Pie XII, c'est un signe: il a besoin de reconstituer l'alliance judéo-chrétienne, c'est urgent s'il veut sauver sa peau!
Ensemble, les deux bourgeoisies cherchent une issue honorable, comme on dit, mais c'est dur, parce qu'il y a quand même quelques comptes à régler entre l'entubeur et l'entubé dessillé.
Les Maîtres du Discours sont donc, cette année, relativement discrets, ou du moins particulièrement creux: mais leur silence est hautement contresémite, ou contre ces mythes, comme on voudra.
Qu'ils en soient remerciés!!!!!!!!!
Avec le recul, on peut interpréter comme suit leur embarras:
Depuis 2001, la recherche sur la constellation sioniste a pris un essor remarquable, et l'on a coutume de distinguer deux lignes paradoxalement convergentes: le sionisme juif et le sionisme chrétien. Autant le premier est une perversion spirituelle d'une simplicité biblique, à partir d'un héritage de puissance déjà énorme, accumulé au cours des siècles par des sectes maffieuses s'affublant de mythes hébraïques pour se donner une respectabilité, autant le sionisme chrétien est généralement présenté par ceux qui l'étudient comme une aberration d'une sottise confondante: on nous dit que les sionistes chrétiens croient en toute naïveté que les juifs se convertiront au christianisme lorsqu'ils seront arrivés à bien s'implanter en Palestine, qu'ils y seront tous "retournés".
Or si l'on se souvient de la filiation entre colonialisme occidental classique et création de l'Etat d'Israël, on peut lire cet axiome fondateur par en dessous, et en saisir aussitôt la parfaite logique, sur laquelle il est naturel que les chrétiens sionistes soient aussi légers et évasifs que possible:
- la bourgeoisie chrétienne s'est vue supplantée par la bourgeoisie juive, depuis l'accession des juifs à l'égalité citoyenne, dans tout l'Occident, au cours des deux derniers siècles. Elle n'avait pas prévu cette évolution, elle se croyait aux manettes; elle croyait également avoir le contrôle de l'éducation et de l'idéologie dominante; pour valider son empire idéologique, elle se référait constamment à l'héritage biblique et à l'héritage de l'empire romain, vus comme les deux faces d'une même grandeur matricielle, en quelque sorte, dont elle se sentait le rejeton unique et parfaitement légitime.
- Après 1945 et l'écrasante victoire morale de la bourgeoisie juive, censée représenter ou incarner les souffrances des juifs innocents sous le nazisme, la bourgeoisie chrétienne, reléguée à un arrière-plan par l'empire atlantique triomphant, aspire donc tout simplement à reprendre la place d'honneur que les juifs lui ont raflée, en leur disputant l'héritage biblique.
- Il ne s'agit plus d'opposer, comme au Moyen Age, l'Ancien Testament au Nouveau, la Synagogue et l'Eglise du Christ, mais de revendiquer pour la bourgeoisie chrétienne elle-même la fidélité à l'Ancien Testament. Les juifs sont, dans l'esprit de cette caste, des chrétiens qui s'ignorent , des bourgeois comme les autres, juste un peu coincés dans leur atavisme rémanent des ghettos médiévaux, sans plus.
- Si les juifs doivent "revenir en Terre Sainte", c'est d'une part pour laisser la place à la bourgeoisie chrétienne partout ailleurs, et d'autre part, pour y être généreusement englobés dans une restauration biblique diligentée par... la bourgeoisie chrétienne.
- Ainsi donc, la bourgeoisie chrétienne garde l'habitude de croire qu'elle tient encore les rênes, et qu'elle gère souverainement le "problème juif", son idée étant de favoriser une fusion comparable à celle du gourmet et du bon petit plat, dont il ne sera fait qu'une bouchée. De fait, il y a une influence chrétienne reconnue dans le judaïsme contemporain.
- Or si la bourgeoisie chrétienne se croit encore si puissante, c'est parce qu'elle louche; elle ne voit que le bout de son nez, qui se confond avec le fait démographique brut: les juifs ne sont nulle part plus de 2% de la population, alors que tout l'Occident est peu ou prou, formaté par le christianisme.Et la classe dirigeante israélienne n'est pas très ragoûtante, on peut se permettre de la regarder de haut.
On conçoit donc ce que "notre civilisation judéo-chrétienne" veut dire, dans l'esprit de la bourgeoisie chrétienne : celle où j'ai le dessus, parce que c'est moi, la fille aïnée de l'Eglise, la vraie descendante légitime de Yahvé, des Zébreux et de tous les autres héros qui gagnent les batailles.
- La judéisation accélérée de la théologie catholique reflète l'évolution réelle de nos sociétés: contre l'islam, religion des pauvres, des dénigrés, des exigeants, des révolutionnaires, l'Eglise est devenue le sanctuaire des "Blancs", ou "Vieux Européens", qui estiment avoir des droits à être plus riches que les autres, parce que souchiens et chrétiens. Comment ne tisseraient-ils pas toutes les passerelles possibles avec les autres privilégiés à qui leurs ancêtres avaient ouvert leurs palais, par les alliances matrimoniales? La distinction entre bourgeoisie antisémite et philosémite s'est beaucoup estompée, depuis 1945 elle est périmée.
- Le livre d'Emile Baumann de 1918, "La paix du septième jour", dont Guy Mosjoen a rendu compte ici (
http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art345) montre bien que dès ces années-là, les convergences sionistes étaient possibles, par delà la rhétorique antisémite, en particulier dans les rêveries surréalistes sur l'art de génocider les Palestiniens par l'usage foudroyant de gaz.
En 2009, peut-être grâce à Ahmadinejad, ou encore à Williamson, ou à Tsippi Livni, assez bête pour faire écrouler toute la pseudo respectabilité d'Israel en 3 semaines de bombardements sur Gaza, une partie de la bourgeoisie chrétienne a enfin ouvert l'oeil: dans l'alliance judéo-chrétienne, elle se croyait l'avaleur, elle était l'avalée. Les deux bourgeoisies sont simplement concurrentes dans la "théologie de la domination", celle qui permet de piétiner et d'écraser tous les peuples en position de faiblesse, et de se réclamer en même temps des grands innocents martyrisés, du "Crucifié" ou des "Gazés", c'est au choix, à chacun ses traditions familiales, elles sont équivalentes!!!!!
Céline et Drumont fulminaient contre la "France enjuivée" et la colère leur interdisait de faire le tri, de distinguer les niveaux de la fusion entre les deux cultures. Mais Israël Adam Shamir l'a fort bien démontré: un certain type de judaïsation renaît à chaque génération dans les classes dirigeantes, quel que soit le contexte civilisationnel, parce qu'elles trouvent dans le gisement des pratiques juives ghettoïques traditionnelles les justifications à leurs abus et usurpations. C'est une affaire de classe, avec des brouilles ponctuelles et des intérêts communs. Le reste découle de l'axiome marxiste irréfutable: l'idéologie dominante est l'idéologie de la classe dominante. Et voilà pourquoi les Français qui ne sont pas musulmans ou animistes succombent si facilement aux charmes judaïques, et font si docilement, en apparence, le jeu des sionistes génocideurs.
Mais cette année, ils sont perplexes, nos bons bourgeois des deux sectes jumelles, parce que leur bébé est mort: ni eux ni personne ne croit plus à l'unicité génocidaire extraordinaire dont ils avaient fait le piédestal de leur couple majestueux, les uns dans le rôle de la victime sanglante, les autres dans le rôle de la vénérable Mamma gothique, la vieille chrétienté puissante, protectrice et charitable. Le bébé est mort, dans la mesure où le peuple n'embraye pas dans le nouveau culte, le voit simplement comme la religion des puissants, des nostalgiques de la puissance coloniale. Sarkozy avait annoncé que dès l'école, chaque petit français aurait un petit frère shoaté dans son cartable: tollé général. On attend la prochaine pitrerie, qui ne sera pas plus populaire.