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ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

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L'ENCLUME

Si je t'oublie Jérusalem

 Par Angelika Schrobsdorff

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Bon livre :

 Commentaires d'un lecteur : « Je trouve ce roman génial.

 Je ne sais pas ce qu'elle en penserait, mais pour moi, cette Angelika  Schobsdorff est un Israël Shamir au féminin ! »

 

 « Si je t'oublie Jérusalem »

 Par Angelika Schrobsdorff

 Editions Phébus

 ISBN : 2-7529-0112-7 - 384 pages - 20 Euros            

(Note : les éditions Phébus ont aussi publié de Gilad Atzmon le Guide des Égarés, roman impayable).

 

 Présentation

 Angelika Schrobsdorff raconte ici sa vie à Jérusalem, où elle s'est  installée il y a vingt ans et qu'elle ne veut plus quitter («Trop vieille  pour ça»). bien qu'il lui arrive de détester ce lieu qui l'avait tant  fascinée autrefois. A travers le quotidien, ses banalités, ses drames  intimes, au fil de ses rencontres avec ses amis américains, russes,  allemands ou arabes, elle nous livre une réflexion cinglante et désespérée  sur l'évolution de l'état du monde - et singulièrement de cette terre «promise» à tous et déchirée comme aucune autre par la haine partisane, le  préjugé, l'intolérance. Elle n'est pas tendre avec la bonne conscience  juive, dont elle critique vertement la «mythologie» biaisée, contestant  notamment le discours étroitement sécuritaire derrière lequel se  retranchent les politiques, de quelque bord qu'ils soient ; mais s'efforce cependant  de donner voix aux citoyens de bonne volonté, à toutes leurs questions - même  si elles risquent de rester sans réponse. Livre d'espoir ? De désespoir  plutôt. Mais Angelika Schrobsdorff a le désespoir tonique, et cet humour  sauvage, mêlé d'irrespect, tranquillement provocateur, qui n'appartient  qu'à elle. Elle ne se plaint pas, ne gémit pas. Elle se contente de garder  l'œil clair - exercice plus difficile qu'on ne croit dans la situation  historique et géographique qui est la sienne. Et de dire ce qu'elle a à dire : tout  ce qu'elle à dire. Ses lecteurs ne s'en plaignent pas. Quelques impressions  de la presse allemande à la sortie du livre : «Critique, impitoyable,  irrespectueuse - y compris avec elle-même.» Berliner Zeitung «Un livre  fascinant par son honnêteté sans réserve.» Die Christliche Frau «Un  équilibre subtil entre cynisme et gravité, amertume et humour. Un document  aussi captivant qu'effarant, sur la vie quotidienne dans un univers régi  par la folie et la terreur.» Weser Kurier

 Extraits

 Premier extrait :

 Tout avait si bien commencé. On construisait une foule de nouveaux hôtels  qui tous rivalisaient de laideur prétentieuse, on élargissait les rues et  l' on refaisait l'asphalte, on placardait dans tous les coins : " Jérusalem  2000 ". Pourtant, Jérusalem est une ville exclusivement juive - comme on  s'acharne à le prouver -, c'est-à-dire âgée de cinq mille sept cent soixante  ans d'après le calendrier juif, et non de deux mille ans. Mais pour l'occasion, on s'aligna sur la chronologie chrétienne, car c'étaient les  chrétiens qui viendraient dépenser de l'argent, loger dans les hôtels  laids et prétentieux et manger dans les restaurants dont les prix déjà  scandaleux avaient été revus à la hausse.

 Deuxième extrait (p. 232) :

 (il s'agit d'un dialogue entre la romancière (qui écrit à la première  personne) et un vieux pionnier israélien, qui s'est usé dans les usines de  potasse de la Mer Morte).

 - Bon Dieu, essaie de considérer la situation de façon raisonnable pour  une  fois, me dit mon ami Rudi, qui avait participé à la construction de l'Etat  d'Israël à grand renfort de potasse et de sueur. On ne peut se sentir  solidaires des Juifs et les trouver sympathiques et intéressants que si  l'on vit dans un pays où ils ne forment qu'une minorité. Mais dans un Etat où  l'on n'est entouré que de Juifs, on devient forcément antisémite.

 - Cela dépend tout de même de l'Etat que l'on construit.

  - Mais non! Premièrement, le concept d'Etat est en soi une impudence, et deuxièmement, notre Etat reflète la mentalité juive. Nous n'aurions pas pu  bâtir autre chose, même s'il n'y avait pas eu les Arabes, ces autres  foutus  Sémites.

  - Ça, je n'y crois pas !

  - C'est parce que tu es à moitié schickse, et que malgré tout, tu  continues à voir les choses de manière édulcorée.

 - On m'a dit que je les voyais trop crûment.

 - Voilà encore ton côté juif démoralisateur !

 

 Troisième extrait :

 

  (au cours d'une réception quelque peu mondaine, les invités israéliens  commentent Camp David II...)

  - De manière très simple, répond notre hôte irrité, on aurait démantelé  les  petites colonies et concentré leurs habitants dans trois ou quatre  grandes.

  - Et les colons auraient obéi sans rien dire? demande sa femme, le regard  craintif et la voix basse.

  - Bien sûr, dis-je en me levant. Je vois très bien Barak en joueur de  flûte  suivi de deux cent mille rats en train de chanter. Excusez-moi, je dois  partir.

  Le ventre du gros tressaute de rire et l'hôtesse dit:

  - Ne partez pas tout de suite, nous allons servir une excellente salade de  fruits.

  - Non, merci, je suis désolée mais j'attends encore de la visite.

 Tandis que je me dirige vers la porte, j'entends M. Zucker:

  - Maintenant que nous avons résolu ce problème, il ne reste plus que celui  des réfugiés palestiniens et de Jérusalem..

 (...)

 Biographie

 Née en Allemagne en 1927, fille d'une mère juive d'esprit «artiste» et  d'un père de bonne famille prussienne, elle connaît une enfance pour le  moins partagée, dans un milieu qui refuse de prendre au sérieux la montée du  nazisme. Adolescente pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle subit  l'exil  dans un trou perdu des Balkans, convole à la Libération avec un officier  anglais, regagne l'Allemagne en 1947, s'installe un temps en France (où  elle  épousera le cinéaste Claude Lanzmann) avant de s'établir à Jérusalem il y  a  une vingtaine d'années. Encore peu connue en France, auteur d'une  demi-douzaine de romans et récits parus en Allemagne - où elle est un  écrivain célèbre -, elle a notamment publié une biographie de sa mère,  intellectuelle berlinoise douloureusement blessée par l'histoire (Tu n'es  pas une mère comme les autres, Phébus, 2004), aujourd'hui considérée comme  un témoignage majeur sur l'Allemagne de l'entre-deux guerres.


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