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Daniele GANSER, Les Armées secrètes de l'OTAN,
éd. Demi-Lune, coll. Résistances, Paris 2007, 400 p.
Epigraphe :
« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats-Unis. Une guerre permanente, économique, une guerre sans morts. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. Une guerre inconnue, une guerre permanente, sans morts apparemment, et pourtant une guerre à mort ». (François Mitterrand, Commentaire lors d'un entretien privé, cité dans le Courrier International du 13 avril 2000).
Extraits de la préface , par John PRADOS : « A l'été 1990, après la chute des régimes prosoviétiques de l'Europe de l'Est, mais avant l'effondrement total de l'URSS, le gouvernement italien rendit publique l'existence d'un réseau [« d'armées secrètes de l'OTAN»] sur son territoire. Au cours des années qui suivirent, les révélations sur la présence d'organisations similaires se succédèrent dans de nombreux pays européens, donnant parfois lieu à des enquêtes officielles. […] Est-il possible que les USA eux-mêmes, la Grande-Bretagne , la France , l'Italie et d'autres méritent tous de figurer sur la liste des Etats finançant le terrorisme ? »
Au départ, à partir de 1945, les USA avaient une obsession : éviter une invasion soviétique en Europe. Aussi ont-ils été prêts à tous les actes de terrorisme pour discréditer les communistes et la gauche. Puis leur objectif évolua, mais ils continuèrent à traiter l'Europe comme une colonie, contrecarrant gouvernements et services secrets nationaux au besoin. George Bush fut le responsable des actions de la CIA en Europe à partir de 1976.
En Italie , c'est l'enquête du juge Casson sur un attentat à la voiture piégée commis en 1972 à Peteano, qui a contraint le Premier ministre Andreotti à reconnaître en 1990 l'existence du réseau international GLADIO, mis en place par l'OTAN. Ce réseau est responsable de la vague d'attentats de 1969 à 1987, les attentats visant des personnes précises (bilan : 75 morts) et attribués aux Brigades Rouges ont été instrumentalisés, tandis que les meurtres de foules anonymes se sont multipliés (explosion en gare de Bologne, 1978, bilan : 85 morts, 200 blessés graves), sans que JAMAIS les responsables n'en aient été connus ni arrêtés. Exemple d'initiative complémentaire pour discréditer la gauche : placement d'explosifs chez l'éditeur de gauche Feltrinelli. Au total, on peut donc imputer au GLADIO italien 491 morts et 1181 blessés.
Les révélations d'Andreotti devant le sénat italien eurent lieu le lendemain de l'invasion du Koweit par Saddam Hussein et de la résolution 660 du Conseil de Sécurité de l'ONU, ordonnant « le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces irakiennes des positions occupées au 1 er août 1990 ». Les médias choisirent alors d'étouffer le scandale du GLADIO, l'armée secrète stay-behind crée par l'OTAN dans toute l'Europe de l'Ouest. Le parlement européen émit une résolution condamnant vivement « la création clandestine de réseaux d'action et de manipulation », demanda des comptes à l'OTAN et au Président des USA, recommanda une enquête dans chaque pays : RIEN de cela n'aboutit. Seules la Belgique , l'Italie et la Suisse fournirent un rapport public substantiel et détaillé.
En France , le GLADIO agit sous couvert de groupuscules d'extrême-droite et de l'OAS. L'objectif n'était plus la lutte contre les communistes, mais contre De Gaulle lui-même, lorsqu'il entreprit de décoloniser l'Algérie. Quand il découvrit l'envergure de ce contrôle étranger sur la France , De Gaulle rompit les accords de la France avec l'OTAN, s'estimant trahi par les USA, en 1966. Le comité directeur du réseau secret GLADIO était situé à Paris, comme le QG de l'OTAN, le SHAPE, depuis 1949.
En Espagne , très tôt, le GLADIO encadra la répression contre les forces de gauche, les Républicains battus par Franco. Ainsi, en 1947, l'Office of Strategic Service américain lança l'opération Banana contre Franco, mais le M16 britannique informa les services secrets espagnols, les rebelles furent arrêtés et le « contre-coup d'Etat » échoua. Une base du GLADIO aurait été construite dès 1948 à Las Palmas aux Canaries, et fut opérationnelle pendant les années 1960 et 1970. A partir de là, le GLADIO agit dans plusieurs pays européens. C'était aussi un centre de formation, où les instructeurs étaient USaméricains.
Les autres pays étudiés dans les chapitres suivants sont : Pays-bas, Belgique, Allemagne, Portugal, Grèce, Norvège, Luxembourg, Grande Bretagne, USA, Danemark, Turquie. Une chronologie rappelle les temps forts : attentats, découvertes de caches d'armes, massacres, révélations, scandales. Index, notes, bibliographie, liste des sigles et abréviations complètent cet outil de travail.
Conclusion : La souveraineté TRES limitée des Européens
« Les spécialistes de la guerre froide observeront que l'opération GLADIO et les armées stay-behind font apparaître sous un jour nouveau la question de la souveraineté de l'Europe occidentale. Il est à présent établi que dans l'Europe divisée par la guerre froide, la violence et le terrorisme furent employés des deux côtés du Rideau de Fer afin de mieux contrôler les populations. […] Les données disponibles révèlent la mise en œuvre d'une stratégie plus subtile et plus pernicieuse [que dans le bloc soviétique] visant à altérer et à limiter la souveraineté, et différant fortement en fonction du pays. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là aussi de souveraineté limitée. […] Les régimes totalitaires sont depuis longtemps connus pour agir par l'intermédiaire de diverses unités et services secrets échappant à tout contrôle et à toute autorité. Mais constater des dysfonctionnements aussi graves dans un si grand nombre de démocraties est pour le moins surprenant. […] En tuant des innocents sur la place du marché ou dans les supermarchés et en imputant ces crimes aux communistes, les armées secrètes et leurs complices de l'extrême-droite traduisirent efficacement les peurs du Pentagone en une terreur très concrète dans l'esprit des citoyens européens . […] En Occident, au « péril communiste » de la guerre froide a succédé le « péril islamiste » de la guerre contre le terrorisme. […] Un tel contexte de peur, comme nous l'enseigne l'histoire de GLADIO, est propice à la radicalisation des masses dans un camp comme dans l'autre…
http://www.plumenclume.net/textes/2007/danieleganser151107.html