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ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

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MANIFESTE POUR L'ERADICATION DU SIONISME

Documents méconnus ou inédits

 

La trahison de Léon Blum par Mondher Sfar

 

Nous venons de lire cet étonnant témoignage du grand stratège sioniste Nahum Goldmann. C'est un aveu supplémentaire de ce que l'on sait du fonctionnement de l'ONU, un miroir aux alouettes. Sous ses airs de colombe blanche, elle cache un rapace sans scrupules. Mais, se défend Goldmann : les Arabes aussi jouent le même jeu, avec leur pétrole… Goldmann veut-il nous faire croire que la majorité qui dans un premier temps s'est prononcée contre la création de l'État ‘juif', a été victime du chantage pétrolier des Arabes ? N'a-t-elle pas agi plutôt par solidarité avec les Palestiniens opprimés, en repoussant le projet d'un nouveau colonialisme, à un moment où l'anticolonialisme battait son plein à l'issue de la Guerre, alors que justement le pétrole était encore entre les mains des Américains, et pas des Arabes… ?

Quant à Léon Blum, l'histoire a pratiquement passé sous silence le sioniste qui se cache derrière le socialiste, et pas n'importe quel sioniste : le plus engagé d'entre tous. Nous nous contentons de relater ici son rôle décisif évoqué par Goldmann dans le vote onusien de la résolution sur le ‘partage'. En effet, Blum a envoyé le 25 novembre 1947 une lettre pressante à son ami Georges Bidault, ministre français des Affaires Etrangères, pour infléchir la décision prise par la France de s'abstenir lors du vote de la résolution de partage : « Une forte majorité, lui explique-t-il, en faveur du projet [de la résolution de partage] pourrait désamorcer les menaces arabes… Donnerons-nous le signal de la dissidence, sur le seul problème où l'URSS et les États-Unis sont enfin d'accord ? Ce serait un manque de courage. Réfléchissez encore ! » [Fragment de lettre in Jean Lacouture, Léon Blum , Paris, 1977, p. 576.]

On le voit, Blum parle comme le porte-parole du sionisme, non de la France : ‘les menaces arabes' sont-elles dirigées contre la France, ou plutôt contre les projets sionistes d'agression ? Lapsus révélateur. Cette haute trahison de la France, subordonnant les intérêts de celle-ci aux intérêts sionistes et hypothéquant son destin jusqu'à nos jours dans ses relations avec le monde arabo-musulman, a été amèrement ressentie par le Quai d'Orsay, qui dans une note signée ‘Ostrorog' adressée le 2 décembre 1947 à ‘Monsieur de la Tournelle, Ministre Plénipo­tentiaire, New-York', explique :

« L'approbation par l'Assemblée des Nations Unies du projet de partage de la Palestine n'est pas une surprise. Chacun sait pour quels motifs les Etats-Unis d'Amérique et l'Union Soviétique ont respectivement soutenu ce projet. N'ayant pas de rapports intimes avec les Arabes, les deux plus grandes puissances du monde peuvent prendre ce risque. On comprend mieux encore que l'Angleterre, tenue de maintenir des relations avec le monde musulman, soit restée dans une prudente réserve.

« L'attitude de la France est moins explicable, et cette course au secours de la majorité victorieuse, à la dernière minute de la onzième heure, alors que rien n'est changé depuis deux mois dans le régime de l'Union française ni dans la situation internationale, demeure inexplicable si l'on reste sur le plan de l'intérêt général.

« Pour ma part, occupé depuis plus de dix ans des affaires du Levant, j'ai pu constater qu'en ce domaine les appréhensions et les passions particulières l'emportent généralement chez nous, avec les conséquences inéluctables qu'entraîne pareille méthode. Ce n'est pas manque d'intelligence ni faute de solutions raisonnables. Les agents des Affaires Etrangères ont même pour mélancolique consolation de constater que notre Département a souvent vu juste et que les obstacles sont venus d'ailleurs.

[…]

« Dans l'affaire de Palestine également, le Ministre des Affaires Etrangères avait vu juste. Pour tout homme de sang froid, ne se laissant pas égarer par les sentiments de cette indignation dont Bismarck disait qu'elle n'est pas une attitude politique, il était clair qu'en raison de notre absence du Levant, nous n'étions pas directement impliqués dans ce problème, et qu'à défaut d'une solution satisfaisante à proposer, nous n'avions pas à intervenir. Tout le monde avait donc reconnu la sagesse de la position prise par Monsieur Bidault lorsqu'il signala à l'Assemblée le 20 septembre [1947] dernier les graves inconvénients d'une solution contestée.

« L'impossibilité de trouver une solution acceptable aux deux parties apparut rapidement. Si l'on voulait tenir entre Arabes et Juifs une juste balance et maintenir de part et d'autre des relations satisfaisantes, il fallait donc s'abstenir. […] Mais un enfant comprendrait que le partage de la Palestine en six morceaux comme actuellement prévu, est une chose absurde et de réalisation impossible. […]

« Pour la France, l'obligation de ménager l'opinion des Arabes est un devoir. Si l'Union Française a un sens, si nous voulons garder l'espoir de maintenir dans ce cadre, les positions essentielles de l'Empire, nous ne pouvons délibérément négliger les sentiments et les passions des vingt millions d'Arabes qui sont un des éléments majeurs de l'Union française. à défaut, et si l'opinion de ces vingt millions d'Arabes ne compte guère, si nous croyons pouvoir les traiter par prétérition, c'est alors que toute notre politique est inerte, qu'aucune foi ne l'anime et qu'il faut abandonner toute espérance.

« Pour ma part, je ne le crois pas, je me refuse à désespérer. Je me refuse aussi à considérer d'avance les Arabes comme des adversaires qu'il faut toujours traiter en ennemis. […] Cela n'empêche point de penser que la solution de partage adoptée par l'U.N.O. pour la Palestine est une faute en même temps qu'un crime :

« Une faute, parce qu'elle pousse le monde à la dissidence et ouvre un nouveau foyer de trouble et de violence dans des régions qui échappaient jusqu'à ce jour, à l'action de Moscou.

« Un crime, parce qu'elle éveille dans toute l'Asie un sentiment d'antisémitisme dont les Juifs déjà si terriblement éprouvés supporteront les conséquences.

[…]

« Je sais d'ailleurs fort bien que ce n'est pas une pression du State Department qui nous a contraints à changer d'attitude en négligeant les assurances données aux Gouvernements arabes. Une fois de plus, comme en 1938 et comme en 1945, les appréhensions et les passions personnelles l'ont emporté.

« Dans la situation inextricable où va se trouver le Levant, la France, si elle s'en était tenue à l'attitude de réserve prise par Monsieur Bidault et fixée par le Ministère des Affaires Etrangères, serait apparue un jour comme l'arbitre désigné ; peut-être eussions-nous pu reprendre un jour, par sagesse et bon sens, cette place de premier plan que la maladresse de notre politique et la faiblesse de nos armes nous ont fait perdre au Levant. Mais il semble vraiment que dans nos relations avec le monde arabe, les Dieux ne soient point favorables, que ce soit Eux qui nous aveuglent. Signé : Ostrorog. » [Archives MAE L 398/73]

Pour autant, et à sa décharge, Blum n'était pas le premier à faire endosser à la France la responsabilité d'une politique pro-sioniste. En fait, son prédécesseur, ce fut Nahum Sokolow, sioniste d'origine russe, qui a su pendant la Première Guerre mondiale arracher à la France une déclaration en faveur de « la colonisation israélite en Palestine [… et] la renaissance de la nationalité juive sur cette terre ». [Lettre de Jules Cambon, Secrétaire Général au Quai d'Orsay, à Nahum Sokolow du 9 avril 1917, in Philippe Prévost, La France et l'orrigine de la Tragédie Palestinienne, 1914-1922, Paris, 2003, p. 106.]. Cette déclaration devait être réaffirmée avec les mêmes protagonistes dans une seconde lettre de Cambon en date du 4 juin 1917. [Prévost, op. cité, p. 108-9.] Cette Déclaration officielle française en faveur du projet sioniste ouvrit la voie à la Déclaration Balfour plusieurs mois plus tard.

 

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