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Alors que le déroulement du procès de Ernst Zündel n'avait pas fait l'objet de grands comptes rendus médiatiques, sa condamnation a provoqué un nombre considérable de dépêches d'agences dans le monde entier, y compris la Chine, le Pakistan... Voici la brève qu'a publiée le quotidien "Le Monde" en page 12 de son édition du 17 février.
Allemagne. Le révisionniste Ernst Zündel condamné à cinq ans de prison
Mannheim. La justice allemande a condamné, jeudi 15 février, à la peine maximum de cinq ans d'emprisonnement le révisionniste Ernst Zündel, éditeur de publications mettant en cause l'existence des chambres à gaz. Agé de 67 ans, l'accusé est resté tout au long du procès fidèle à ses idées. Au cours d'une longue allocution, il a réclamé, jeudi, la mise sur pied d'une
commission indépendante afin d'enquêter sur le nombre de juifs tués sous le régime nazi. - (AFP.)
En revanche, la presse allemande a été généralement assez ignoble. Voici ce qu'on pouvait relever dans la revue de presse en français du site de la Deutsche Welle le 16 février:
http://www2.dw-world.de/french/presse/1.214093.1.html
Peine maximale pour un révisionniste
Ernst Zündel devant les juges
La justice allemande a condamné hier le révisionniste Ernst Zündel à une peine de cinq ans de prison ferme. Il s¹agit de la peine la plus lourde possible. Ernst Zündel, un éditeur, avait publié, notamment sur Internet, des écrits mettant en cause l'existence des chambres à gaz.
A commencer par la "Frankfurter Rundschau", qui estime que la portée du verdict dépasse le cas particulier. Il montre en effet, puisqu¹ Ernst Zündel avait publié sa propagande en ligne depuis le Canada, qu¹Internet n¹est pas un espace d¹impunité. Le quotidien se réjouit que la peine maximale ait été prononcée, tout autre jugement n¹aurait pas été à la hauteur de l¹énergie criminelle de Zündel et son entourage. Petits bémols cependant: le journal
déplore que l¹instruction ait duré 15 mois, et que le procès ait été l¹occasion pour la scène néonazie d¹hier et d¹aujourd¹hui d¹attirer l¹attention.
Pour "Die Welt", le verdict était évident pour tout le monde avant même que d¹être prononcé. Le fait que l¹une des avocates de la défense ait signé un écrit par "Heil Hitler" durant la procédure, n¹est que l¹un des dérapages de ce procès. Si Ernst Zündel n¹avait pas écopé de la peine maximale, on aurait pu se demander ce qu¹il fallait encore faire pour être condamné pour incitation à la haine raciale, en vertu du paragraphe 130 du droit pénal
allemand. L¹instruction a cependant le mérite d¹être à l¹origine d¹une discussion sur la possibilité d¹étendre, à l¹échelle européenne, la disposition du droit pénal allemand qui punit "le racisme et la xénophobie".
La "Frankfurter Allgemeine Zeitung" écrit: "Ernst Zündel est, il faut bien le dire, un homme célèbre dans le monde entier." Pas seulement pour ses écrits mais aussi pour les procès qu¹il a gagnés en dernière instance au Canada dans les années 1980. Sa technique, de recourir à des "preuves" pseudo-scientifiques pour nier l¹existence des chambres à gaz, avait donné à
l¹époque une nouvelle vigueur au révisionnisme. Désormais, il est interdit en Allemagne de nier des faits reconnus comme tels. Il est inutile, quelles que soient les preuves avancées, d¹essayer de prouver leur inexistence, car l¹examen même de ces preuves est répréhensible.
"Brun et dangereux" titre pour sa part la "Süddeutsche Zeitung". Le quotidien munichois note que la liberté d¹expression est un droit fondamental généreux, qui vaut quel que soit le contenu de la pensée exprimée, et donc aussi pour n¹importe quelle convulsion cérébrale,
l¹idiotie ou l¹imbécillité galopante. On pourrait donc penser qu¹il serait juste, au nom de ce principe, de laisser aussi libre cours au bavardage de couleur brune, qui était la couleur des chemises des gardes paramilitaires sous le Troisième Reich. Ceci permettrait en effet de ne plus accorder de tribune à la stupidité des nazis, vieux ou jeunes, en les plaçant au centre
de la réflexion des tribunaux, et les empêcherait de jouer les martyrs de la liberté d¹expression. Le droit allemand réprouve cependant, pour des raisons historiques, tout appel à la haine, notamment antisémite. Cette précaution est-elle toujours nécessaire, 62 ans après la fin du régime nazi? Il suffit, conclut le journal, d¹observer les traces des violences xénophobes dans le pays pour répondre soi-même à cette question.
Sandrine Blanchard
http://plumenclume.net/textes/2007/jugementzundel25022007.html