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Maria Poumier
Nous assistons avec un étonnement admiratif à la montée en puissance de l'Amérique latine. Chaque pays semble renaître dans une dynamique d'émancipation par rapport à la tutelle de l'USAmérique, et dans un élan indigéniste, se voulant issu des populations autochtones. Excellent indice de la profondeur de ce mouvement, le lien filial de Chávez, jeune président du Venezuela, avec Fidel Castro, chef d'Etat de Cuba depuis 1959. Et tous deux rattachent leur politique à des précédents illustres du XIXème siècle, Simon Bolivar, militaire vénézuélien et écrivain, formé à l'école de Jean-Jacques Rousseau, José Marti, penseur cubain et créateur, qui modela la nation cubaine en l'engageant dans la première des guerres de libération nationale modernes. Tous les deux avaient un projet à l'échelle de l'Amérique latine, et ont fortement démocratisé leurs pays .
On chercherait en vain en Europe un mouvement d'une telle envergure. Or au moment où l'Europe recule dans le néo-conservatisme, et s'affole devant les phénomènes migratoires qui la submergent, l'Amérique latine nous donne des leçons de méthode pour retrouver une cohésion et un élan. Nous envisagerons ici quelques facteurs remarquables de convergence, à partir d'origines ethniques disparates, dans les sociétés latino-américaines.
La disparition du Parti communiste français et du Parti communiste italien témoignent d'une crise théorique très grave, bien au-delà de leurs militants. La théorie de la lutte des classes a perdu de son efficacité pour interpréter l'actualité européenne dans la mesure où la classe ouvrière s'est embourgeoisée, et où la condition salariée uniformise l'immense majorité des producteurs et des travailleurs dans les services, envahissants. Or les damnés de la terre n'ont pas disparu ! Ceux qui ne mangent pas à leur faim, qui vivent d'expédients et de ruses avec la loi, sont toujours là, et montrent les dents. Il y a d'un côté les « sans papiers », les étrangers accomplissant toutes les fonctions basiques : emplois n'entraînant pas de reconnaissance sociale, mais contribuant au maintien des salaires au plus bas, activités délictueuses indispensables aux maffias (trafic de drogue, prostitution, trafic d'armes), dont les activités contribuent grandement à la « croissance », puisqu'elles manient des sommes considérables, réinjectées dans la consommation, le secteur immobilier et la corruption des politiciens, secteurs dynamiques s'il en est.
Pour ce qui est des Européens de souche ne mangeant pas à leur faim, on ne remarque pas suffisamment qu'il s'agit :
d'une part des petits paysans, en voie de disparition au niveau démographique ; en tant que détenteurs de la tradition locale et des normes pour tous du rapport à la nature, ils sont totalement marginalisés par rapport aux soucis des autres catégories professionnelles ;
des petits vieux (également hors circuit de la consommation et de la circulation de la culture, devenus eux-mêmes matière première dans l'industrie florissante des maisons de retraite),
d'une masse croissante de chômeurs clochardisés. Ceux-ci sont rapidement identifiables par leur aspect physique : ils sont minés par l'alcoolisme. Leur déchéance est immense, si l'on se souvient qu'ils sont issus du prolétariat industriel de jadis, porteur des révolutions et des idéaux de justice au long du XXème et du XXème siècle.
Il est temps de prendre conscience que la dégringolade du statut de paysan, de vieillard (jadis honoré en tant que dépositaire de la sagesse immémoriale des peuples, et toujours maillon indispensable de la transmission de l'essentiel aux enfants), et la déchéance par l'alcool sont exactement les facteurs qui ont conduit à l'élimination des indigènes dans toute l'Amérique, à partir de la conquête européenne et ce pendant environ deux siècles, la facette non militaire de ce qu'on appelle leur extermination ou génocide .
Paysans en voie de disparition, vieillards bannis, ouvriers clochardisés sont à tel point écrasées qu'ils ne revendiquent même pas le titre de « damnés de la terre », alors que de toute évidence ils portent le poids d'une malédiction, ce sont les sacrifiés qui payent le prix de l'opulence et de l'agressivité conquérante des autres.
C'est par rapport à cette dramatique éviction des autochtones traditionnellement porteurs de la réflexion éthique de toute société, qu'il faut interpréter l'entrée en scène des immigrés.
A partir du XVIème siècle, les autochtones subissent deux invasions : celle des Européens prédateurs, celle des Africains concurrents à tous les niveaux, et ils perdent si bien leur protagonisme qu'on parle à bon droit de génocide, ils semblent réduits à se battre pour leur survie physiologique. Dans l'avalanche d'étrangers qu'ils subissent, on oublie généralement que l'Amérique toute entière qui a eu de fortes concentrations de population africaine. Dans les pays maintenant les plus blancs (le cône sud, Argentine, Uruguay, Chili) et les plus indiens (Pérou, Mexique, Bolivie), ils ont pratiquement disparu , après avoir été la main d'œuvre indispensable sur les chantiers urbains, dans les arsenaux, dans les mines, et sur les plantations, sans parler du service domestique, moins meurtrier.
Or ces Africains, souvent islamisés, toujours solidement structurés par leurs cultures d'origine, et sans espoir de retour dans leur pays, ayant été amenés de force pour se substituer aux autochtones et pour parachever leur écrasement, ont fait globalement alliance avec ces mêmes autochtones: leur statut de bêtes de somme, mais aussi leur rapport à la terre et à la propriété étaient comparables, leur spiritualité, leur médecine, leurs pratiques agricoles, artisanales et culinaires se sont enrichies mutuellement, ont tendu à la fusion dans les régions où ils étaient amenés à vivre ensemble. Les deux groupes ethniques ont accepté sans résistance visible la christianisation, parce que leur polythéisme leur permettait d'ajouter les divinités catholiques à leur panthéon, sans conflit insoluble. Le déclassement, la déchéance dans l'échelle sociale, fut un facteur de solidarité active. Dans le cas des indiens comme des noirs, il y eut des exceptions, des ascensions individuelles dans la nouvelle hiérarchie sociale, avec de fortes personnalités culturellement ou physiologiquement métissées parvenant à s'imposer dans les milieux blancs . Au contraire, les blancs ne ressentaient leur identité que par la distance qu'ils établissaient avec leurs victimes, la grande majorité de la population . Le métissage a progressé comme un secret honteux pour les blancs, sur le mode de la polygamie, de la prostitution, du viol, du harcèlement des domestiques, ou de la transgression complète par les femmes blanches. Ce métissage a donné lieu très souvent à des rapports incestueux, à cause de la quantité d'enfants ignorant qui étaient leurs pères, voire leurs mères, et le roman du dix-neuvième siècle reflète de façon obsessionnelle ce cas de figure qui posait des problèmes moraux insolubles. Mais l'Eglise a toujours perçu la nécessité de réhabiliter les facteurs indien et africain au sein des sociétés coloniales, parce ces cultures devenaient devenait très vite celles des blancs pauvres déracinés de leur Europe ancestrale. Tout récemment encore, le pape vient de canoniser un saint brésilien qui faisait des guérisons miraculeuses avec des fragments de prières recopiés sur des bouts de papier : on voit ici à l'œuvre les principes de la magie commune à tous les peuples non formatés par le monothéisme et le monoscientisme qui s'implante en Europe à partir de la Renaissance. Les apparitions de Vierges, au Brésil, au Mexique , à Cuba et ailleurs, sont toujours aussi des entrées en scène de la nouvelle dignité conjointe d'autochtones, de blancs pauvres et d'Africains ensemble, sur la scène de la religion dominante, qui est obligée, toujours avec retard, d'intégrer les nouvelles divinités locales dans le panthéon officiel des héros de la chrétienté à la suite d'une série de miracles déclenchant une vague irrépressible de popularité . Ces phénomènes expriment la revanche du peuple des humiliés et sacrifiés de toute couleur et de toute origine, et leur consécration reflète le travail de l'Eglise pour obliger les riches à fraterniser un tant soit peu avec le camp des opprimés.
On a en fait des exemples très tôt de la mixité créatrice qui s'instaure par le bas. La religieuse mexicaine Sor Juana Inés de la Cruz (1648-1695), poète, femme réellement savante, et philosophe cartésienne, fut extrêmement populaire et courtisée ; elle était tout à la fois fille bâtarde d'un aristocrate, parlant nahuatl comme sa nourrice campagnarde, une féministe enragée, une amie très intime de la vice-reine, une lectrice d'Athanase Kircher le panégyriste de la culture nègre de l'Egypte ancienne, et un auteur de chants de Noël engagés pour défendre le droit à la liberté des esclaves ; comme théologienne et dramaturge, elle conçut une interprétation chrétienne du mythe de Narcisse, en termes de fusion entre Centeotl, dieu mexicain du maïs exigeant le sacrifice du sang, avec le Christ ; elle sut se bagarrer en outre au plan théorique contre le grand jésuite brésilien Viera, par correspondance, et au plan judiciaire, par correspondance aussi, avec des dignitaires ecclésiastiques qui voulaient sa peau, et firent leur possible pour la faire condamner comme hérétique. Bref, avant de mourir saintement en soignant les malades d'une épidémie de peste, Sor Juana Inés de la Cruz sut donner la mesure de la vitalité d'une pensée américaine complète, en plein XVIIème siècle, pensée qui intègre toutes les cultures dont elle pouvait avoir connaissance, dans un projet profondément démocratique. Il s'en est fallu de peu qu'elle finisse comme Giordano Bruno, mais il n'est pas exclu qu'elle soit un jour canonisée comme sainte .
Avec le recul, on constate donc que c'est au niveau des gens les plus cultivés que les trois populations ont exprimé la fécondité de leur dialogue et leur interpénétration, après quelques générations à peine de confrontation. L'initiative de la créativité vient incontestablement de la base : les esclaves fugitifs, c'est-à-dire les plus déterminés à résister à un ordre imposé par la simple logique de la cupidité, fraternisaient avec les indiens, souvent eux-mêmes pourchassés. Ils organisaient ensemble leur survie de marrons dans la jungle, et attaquaient de concert des agglomérations pour se pourvoir en armes et autres articles qu'ils ne pouvaient produire eux-mêmes. Ils trafiquaient avec les marginaux de la société blanche. Ces rebelles léguaient des méthodes de survie , une combativité, des projets de société en petites communes autonomes, leur héroïsme, leur agonie ; et ce sont les romanciers et poètes, de culture européenne, qui les ont transmises, dans chaque pays, et leur audace était révolutionnaire : ces écrivains furent traités, de leur vivant, comme des intellectuels subversifs. Ils transcrivaient des bribes de légendes orales et anonymes, comparables au romancero espagnol .
Les guerres d'indépendance contre l'Espagne ont été entreprises par des aristocrates ; Bolivar appartient à la caste des planteurs de cacao. Elles ressemblent beaucoup, au départ, aux guerres « séparatistes » pour l'autonomie régionale, dans les anciens royaumes que l'Espagne des rois catholiques a regroupés sous un gouvernement central. Les dirigeants reprochaient à l'Espagne incurie, abus et turpitudes tyranniques, mais n'imaginaient nullement une restauration des sociétés préhispaniques ; ils se voyaient tout simplement à la tête de sociétés plus modernes, plus tolérantes, plus nordiques, dont les modèles étaient pour eux l'Angleterre, la France , les Etats-Unis.
Ce sont leurs troupes qui les forcèrent à se radicaliser. Ils ont tout d'abord eu besoin des nègres dans leur armée, ce qui les obligea à leur promettre l'abolition de l'esclavage, faute de quoi il était hors de question de leur mettre des armes entre les mains. Bolivar lui-même eut à gérer les exigences de son général mulâtre Manuel Piar, qui était le héraut des revendications des noirs : il régla le problème en faisant fusiller le général, et en appliquant ensuite le programme démocratique que le défunt avait défendu jusqu'à la mort. Or Bolivar, après avoir été chassé d'Amérique, avait été obligé d'aller implorer, sans succès, les Anglais en Jamaïque, puis d'aller demander secours, en vaincu, au président Pétion en Haïti ! Il est probable d'ailleurs que le soutien de Pétion est ce qui lui permit d'obtenir la loyauté de la population noire partout où il passa ensuite avec ses armées conquérantes, du Venezuela au Pérou, en passant par la Colombie : la communication dans tout le monde noir se faisait parfaitement avec les tambours, avec une discipline remarquable, par delà la barrière de l'écriture et des langues européennes. Bolivar n'avait pas une vision transethnique ou pluriethnique des nations qu'il fondait en portant le fer contre l'Espagne impérialiste. Comme toute cette génération de libertadores, il se battait pour un projet de société créole calqué sur l'Europe blanche, dans lequel les non-blancs n'entraient même pas en ligne de compte, si bien qu'on ne trouve pas d'analyse des exigences des autres composantes de l'univers américain dans leurs écrits. Les discours s'adressent aux « Américains », définis simplement comme peuple jeune, solidaire et exempt des vices irrémédiables des Espagnols . Mais, selon les régions, ce sont des gens d'aspect très différent qui mettent en action ces facteurs constituants. Ainsi, au Mexique, les révolutionnaires sont nettement plus indiens qu'ailleurs : le président Benito Juárez en sera le champion.
En fait, on retrouve partout un schéma identique : que ce soit avec les noirs ou avec les indiens, selon les phénomènes démographiques propres à chaque région, les guerres d'indépendance reposaient sur leur engagement ; or l'engagement des noirs, qui ont le statut le plus bas, celui de « biens meubles » était impossible sans la conquête de la liberté : ils parvinrent à l'imposer, en dépit des clauses dilatoires que les maîtres introduisaient chaque fois qu'ils le pouvaient. Leur conscience nationale se forgea dans la fraternité du sang versé, et le ressentiment contre les anciens esclavagistes s'atténua dans les combats au coude à coude. Les nouvelles armées nationales furent des outils de promotion sociale et d'intégration, de dissolution des rancoeurs et préjugés ethniques. Depuis cette époque, chaque pays d'Amérique latine sait qu'il ne peut rien sans la mobilisation noire. Ainsi le président Chávez a consolidé son implantation en se rendant en Afrique, et en proclamant l'africanité de son pays. Il a su depuis le début rattacher son soulèvement nationaliste à la geste de Bolivar, en soulignant à quel point celui-ci était redevable au peuple de ses victoires sur l'Espagne. Fidel Castro a commencé par satisfaire les revendications des plus mal lotis, les noirs (réforme agraire, réforme immobilière, alphabétisation et élimination de l'enseignement privé), et il est encore aujourd'hui protégé par une garde noire, ainsi que par les dignitaires religieux noirs.
Comme dans les révolutions européennes, les guerres d'indépendance ont donc été d'abord inspirées par une fronde aristocratique qui aurait pu n'être qu'une révolution conservatrice et réactionnaire ; mais elles ont été débordées par des insurrections populaires, porteuses de l'exigence de nouveaux droits ; la transaction entre les deux mouvements révolutionnaires, est ce qui a donné la victoire aux Latino-américains. Or c'étaient dans une grande mesure, des révolutions en sens opposé ! Les « créoles » auto-proclamés, se battaient pour l'augmentation de leurs propriétés, pouvoirs et privilèges ; ils se sentaient virtuellement assez riches pour se permettre la générosité envers les pauvres, une fois qu'ils auraient confisqué aux étrangers, les Espagnols, les biens qu'ils volaient aux natifs. Bien souvent, les griefs des exploités portaient plus sur leurs exploiteurs immédiats, les créoles, les magnats, esclavagistes et potentats locaux, plus que sur les Espagnols en tant que tels ; le roi d'Espagne leur avait toujours été vanté comme un protecteur virtuellement bienveillant ; les Espagnols multiplièrent d'ailleurs les tentatives pour gagner la loyauté des troupes noires, en faisant une surenchère de promesses d'affranchissement. Mais la balance populaire pencha au final toujours vers les séparatistes car ils avaient la formule magique qui réconcilie : ils se battaient pour la « liberté ». Le malentendu sur ce que recouvrait le terme, selon ceux qui le brandissait, ne tarda pas à apparaître. Mais les nations modernes étaient nées, un autre chapitre commençait.
Actuellement, les gouvernements les plus proches du gouvernement bolivarien du Venezuela sont aussi ceux de pays où la population indienne domine : Bolivie, Equateur, Pérou. Au Mexique et en Colombie, également très indiens, la résistance aux gouvernements dociles à la logique USAméricaine est tumultueuse en ce moment même. La revendication des autochtones à la souveraineté sur leur patrie ancestrale accompagne parfaitement les projets bolivariens, les communautés négocient la redistribution des droits sur le sol et le sous-sol. Les ressortissants les plus indiens des régions les plus pauvres sont aussi ceux qui nourrissent les flux migratoires : Mexicains, Centre-américains en direction des Etats-Unis, Boliviens, Péruviens et Paraguayens vers l'Argentine. Ils cumulent les déchéances et les énergies des immigrants et des autochtones !
Avant les grandes insurrections contre l'esclavage, les maîtres ne percevaient pas l'urgence de l'abolition, ils l'envisageaient par étapes, graduellement, et s'en indemnisaient d'avance. Ce sont les esclaves qui ont précipité les choses. Des plantations et des sucreries dévastées par le feu, des contremaîtres assassinés, des rumeurs de magie et d'empoisonnements : tout cela a fini par faire comprendre à la classe des colons toute entière la nécessité de transiger au plus vite avec ceux d'en bas. En fait, c'est dans un sens métaphorique que toute la population d'en bas continue à s'efforcer de « couper la tête aux blancs », de les empêcher de discourir en lieu et place du peuple, et de commander au mépris de la volonté du peuple, dans toute sa diversité d'aspects et d'origines.
Si l'Europe croit reconnaître dans les visages noirs les populations les plus étrangères à sa civilisation, et donc dans l'immigration dite « sub-saharienne » le plus grand danger pour l'image flatteuse qu'elle a d'elle-même, c'est par une illusion d'optique. En tant qu'anciennes puissances coloniales ayant développé la déportation esclavagiste depuis l'Afrique vers les colonies de plantation, puis ayant tenté de dépecer l'Afrique, les pays européens ne peuvent pas feindre de découvrir les Africains. La France est la mieux placée en Europe pour profiter en outre de son expérience américaine, puisqu'elle exerce encore une domination coloniale sur des DOM-TOM en Amérique latine, avec une population entièrement française en titre, mais s'estimant à juste titre très peu écoutée dans ses revendications à l'égalité.
C'est le propre des intellectuels que de tenir à la liberté d'expression. En Amérique latine, ni l'inquisition, ni le maccarthysme, ni la pensée correcte selon la gauche n'ont jamais empêché la contrebande des idées, et, du fait que les gens ont une longue expérience des tyrannies, plus une idée y est censurée, plus elle conquiert ses découvreurs, qui en démultiplient la force de conviction. En ce moment, le révisionnisme autour du rôle des juifs dans la seconde guerre mondiale faisant l'objet de censure comme en Europe, il se répand comme un incendie. L'actualité immédiate, avec l'alliance sans failles entre Israël et les Etats-Unis, qui coopèrent activement sur le sol latino-américain même, dans les secteurs militaire et paramilitaire, remet à l'ordre du jour l'alliance entre secteurs sociaux très divers, autour d'une idée principale, la souveraineté nationale. C'est patent au Venezuela et en Argentine.
Au Venezuela, le président iranien a été accueilli avec ferveur, et le gouvernement encadre et accompagne l'antisionisme populaire, à partir de la théologie de la libération locale, qui est catholique. C'est en Argentine, le pays où réside la quatrième population juive au monde, qu'on assiste à l'émergence d'une réaction antisioniste comparable à celle que connaît l'Europe, associant secteurs populaires les plus humiliés, intellectuels très déchristianisés, et représentants traditionnels de l'extrême-droite restée catholique. L'Argentine a connu une expédition néocoloniale conjointe, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne : en 1982, alors que les militaires au pouvoir revendiquaient les îles Malouines, les deux pays avaient réagi de façon tout à fait solidaire, au mépris de la doctrine Monroe, selon laquelle les Etats-Unis s'engagent à défendre tout pays d'Amérique menacé d'ingérence européenne. Cette année, les Argentins assistent à des pressions conjointes des Etats-Unis, de l'Angleterre et d'Israël pour que le gouvernement argentin les soutienne dans une attaque militaire contre l'Iran. Or les Argentins sont bien placés pour savoir que ce projet est ancien, sans rapport avec le prétexte de menace nucléaire invoqué officiellement. En effet, en 1992 et 1994 ont eu lieu deux attentats meurtriers contre l'ambassade d'Israël et le centre communautaire juif AMIA ; aussitôt, la version officielle les imputa au Hezbollah et à l'Iran, à la surprise générale, parce que l'Iran et l'Argentine n'avaient pas le moindre contentieux. Quinze ans plus tard, les enquêtes successives n'ont pas permis d'étayer cette thèse, mais au contraire, la presse commence à faire état des pressions israéliennes dès le départ pour faire accuser des musulmans ; et c'est sur une responsabilité israélienne complète qu'un petit groupe d'intellectuels enquêtent à leurs risques et périls. Dernièrement, le dirigeant du mouvement des chômeurs « piqueteros » D'Elia, populaire et écouté au gouvernement, en a fait état publiquement, lors de la foire du livre de Buenos Aires, suscitant l'intervention de nervis des associations paramilitaires juives locales. Tout indique que les attentats de Buenos Aires ont été le fait de hauts responsables, diplomates et agents secrets israéliens (en particulier l'actuel ambassadeur Raphaël Eldad) et des plus hautes autorités juives locales (Rubén Beraja, déjà mis en examen pour son rôle dans la faillite du banco Mayo qui a provoqué le krach financier de 2002, et maintenant inculpé pour corruption de magistrat, était le président de la DAIA , la Direction de l'Amitié Israël Argentine). La fondatrice historique du mouvement des mères de la Place de mai, Hebe de Bonafini, est connue pour son antisionisme véhément. Le président Kirchner a montré très peu d'empressement pour relayer les appels du président Bush contre le terrorisme et contre l'Iran, laissant même entendre qu'il soupçonne les attentats du 11 septembre de ne pas être le fait de musulmans fanatiques. Bref, l'idée qu'une « effroyable imposture » se trame en Argentine depuis 1992 au moins, impliquant les gouvernements USien, anglais et israélien, et dans le but de justifier des frappes militaires contre l'Iran, fait maintenant son chemin, depuis les bureaux des magistrats jusque dans la grande presse.
L'Argentine est un pays riche, au territoire vaste et insuffisamment peuplé, comme l'Australie, et c'est le plus blanc de l'Amérique latine ; le « colonialisme judiciaire » (Thierry Meyssan) réveille le sentiment que la souveraineté nationale est gravement menacée, comme au Proche Orient. Se sentant nettement plus européen que le reste de l'Amérique latine, ce pays est fort étonné de se voir traité comme une république bananière par l'Empire. Comme les Européens, les Argentins ont des réflexes de propriétaires hargneux face à l'immigration sauvage des pays voisins, beaucoup plus indiens. Mais contrairement aux immigrants en Europe, ceux-ci ne viennent pas d'anciennes colonies, ce sont simplement des cousins proches et pauvres : et ce sont des Américains autochtones, qui se trouvent rejetés par les gens plus blancs des villes, ceux qui ont encore souvent un passeport espagnol ou italien, ou israélien.
En 1992, à l'occasion du cinquième centenaire de la découverte de l'Amérique par l'Europe, les mouvements indigènes ont introduit le thème des réparations financières dues par les gouvernements européens, pour le vol des richesses minières sans l'accord des populations. En Afrique du sud, des réparations ont été demandées pour le préjudice subi sous le régime de l'apartheid . Désormais, tant Africains que descendants d'Africains se battent pour imposer le concept, qui est en attente depuis les luttes pour l'abolition de l'esclavage. Cette dynamique s'exprime avec force depuis la Conférence mondiale contre le racisme de l'ONU à Durban en 2001. C'est une revendication que peuvent reprendre autant les habitants de l'Afrique, saignée puis pillée, que les descendants d'Africains, déportés et spoliés de leur civilisation, systématiquement niée depuis des siècles . Il est probable qu'elle s'enracine en France, puisque la responsabilité coloniale envers les DOM TOM est encore totale, et qu'une grande proportion de gens « entièrement à part », bafoués par une minorité aux Antilles, privés de terre en Martinique, et discriminés sur le continent, se bat pour faire valoir ses droits de Français « à part entière ». D'ores et déjà, l'exigence de réparation pour les colonisés est un concept qui agit comme un révélateur d'iniquité; en effet, les pays riches et blancs l'ont rejeté à l'unisson, à Durban en 2001, Israël, les USA et la France claquant même la porte aussitôt que le mot a été prononcé, alors que les mêmes pays estiment louable et naturel que les juifs perçoivent des réparations sans limites, pour leurs pertes pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Le faux effet de symétrie entre les revendications des juifs et des noirs apporte un éclairage brutal sur les dissymétries qui organisent les sociétés européennes ; statistiquement, les uns sont une infime minorité tout en haut de l'échelle sociale, alors que les autres sont tout en bas, sont le Tiers monde lui-même, ou plutôt un échantillon local qui représente virtuellement les deux tiers de la terre, spoliés par l'Europe dans son étape de mercantilisme expansionniste. Il n'y a aucun argument logique, éthique ou pratique opposable à la revendication de réparations financières de la part des entreprises qui ont accumulé capital et profits par l'extraction des richesses de l'Afrique, et sont devenues maintenant des multinationales. La réparation est aux antipodes du concept de repentance, importé de l'anglais, et imposé d'abord à des nations entières par la communauté juive, à son profit; contrairement au repentir chrétien, qui vise une réhabilitation prononcée par une instance divine, et non humaine, la repentance requiert l'auto-humiliation publique, et une abjuration des valeurs antérieures des sociétés sommées de s'y prêter; cette dynamique idéologique est une véritable arme de destruction massive, par ses effets secondaires : car les populations humiliées et rançonnées en vertu du pseudo-devoir de repentance se retournent avec la force d'un réflexe animal contre leurs racketteurs maladroits, qu'ils se sentent molestés au plan idéologique ou au plan financier ; et les victimes authentiques d'un esclavage spécifique et indiscutable puisent quant à elles une force redoutable dans la prise de conscience de l'injustice multiséculaire qui leur a été faite, et du droit qu'on leur refuse maintenant.
Il n'est pas facile pour les Européens de se retourner contre les institutions juives, qui prétendent représenter les juifs, ceux que les médias font admirer en tant que vivier de cadres plus compétents, plus dynamiques et plus généreux que les autochtones, parmi les autres cadres de la nation. Mais rien n'est plus facile pour les Européens humiliés que de se rabattre sur un bouc émissaire, l'immigrant noir, pour tout ce qui se dégrade dans leur condition sociale ; et lorsque la repentance est malignement présentée comme une réclamation africaine, visant à détourner les règles du jeu démocratique au profit d'étrangers, qui ont l'air de venir d'un autre monde, le ressentiment devient dévastateur. D'ores et déjà, les cadres mentaux existent pour que Arabes et Européens de souche fassent alliance contre les « Sub-sahariens » . La négrophobie est en augmentation, visible dans les discriminations à l'emploi, dans tous les postes de responsabilité, et au logement, et dans le malaise du discours blanc, qui contourne la désignation et la description. Raphaël Confiant, Martiniquais, a bien montré qu'un tabou entoure le discours des non-juifs sur les juifs, devenus de ce fait « innommables » ; mais il en est de même pour les noirs, et l'antiracisme hypocrite, se voilant la face pour ne pas entendre les revendications spécifiques des noirs, est une bombe à retardement !
Dans les années 1960, la gauche a adopté avec enthousiasme la réflexion martiniquaise de Franz Fanon, parce qu'elle ne se reconnaissait pas dans les horribles colons qu'il décrit ; il est temps qu'elle le relise à un autre niveau : d'une part c'est maintenant et ici que les noirs sont « traités comme des nègres », et chacun redoute de se voir rabaisser par la précarité et le flicage général à ce niveau, le plus bas ; ce n'est plus seulement au loin sur le continent américain que des gens d'aspect très différent souffrent à l'identique; d'autre part la gauche doit reconnaître que ce sont les noirs, détenteurs de la culture de la résistance noire séculaire (cumulée avec le savoir moderne), qui sont les plus lucides pour décrire les phénomènes impériaux dont les déchus, de tout aspect physique, sont le combustible, ou la matière première impitoyablement rentabilisée. Au début des luttes pour l'indépendance, les blancs qui se battaient pour la liberté du continent américain ne voyaient nullement le rapport entre ce généreux concept universel et les problèmes de gestion du personnel qui se posaient sur les plantations ; ils ne tenaient nullement compte de la profonde aspiration à la liberté des esclaves, non seulement comme une revendication spécifique, mais aussi comme la dynamique commune aux humains de tout aspect physique. Il est temps que la gauche européenne, censée être devenue dépositaire de la réflexion éthique, assume le combat pour les réparations avec enthousiasme, comme jadis une partie des aristocrates indépendantistes latino-américains avait appris à libérer ses propres esclaves et à se battre pour l'abolition de l'esclavage en général. Et si cette gauche-là existe, les autres suivront....
Le principe de la réparation permettra de mettre en route la révolution économique indispensable, dans le sens de la décroissance pour les pays riches, l'arrêt du pillage-gaspillage, le blocage des mécanismes usuraires ; il chassera les gouvernements à la solde des multinationales, et créera l'emploi et l'espoir permettant aux Africains de rester chez eux. C'est un levier pour retrouver un véritable dialogue des civilisations, et une gestion saine de nos rapports avec la nature. Si la vieille Europe ne veut pas se voir guillotinée comme vieille caste usurpatrice et prédatrice par rapport à l'Afrique à qui elle doit tout, elle a tout intérêt à « couper la tête » elle-même aux blancs qui ne se veulent que blancs, à ceux qui prétendent approfondir l'apartheid à l'échelle mondiale, par la construction de multiples murs de toute nature, contre les immigrants, contre la pensée paysanne et ouvrière autochtone, contre les affamés de justice. José Martí, le bâtisseur d'un projet national solidaire, déjà considéré « antisémite » de son vivant, prenait très au sérieux, dès les années 1880, l'obligation pour les générations futures d'entreprendre les réparations dues aux noirs.
La France a formulé le triangle des beaux idéaux qui soulèvent les êtres humains : liberté, égalité, fraternité. De fait, si l'on considère qu'il y a trois groupes ethniques en France, il faut reconnaître qu'un groupuscule, celui que disent représenter les ténors juifs, jette de l'huile sur le feu afin que les deux autres se liguent contre les noirs. Les noirs sont, partout et toujours, ceux qui se battent le plus pour l' égalité , qui démocratisent de fait leurs sociétés ; on n'a pas assez remarqué qu'ils se battent aussi pour la liberté d'expression, avec un courage toujours supérieur à celui de la caste des intellectuels agréés. Pour la défense de l'idée démocratique par excellence de la liberté, à Cuba, l'on garrotta en 1844 une bonne centaine de nègres, outre ceux qui furent assassinés sans autre forme de procès, ou sous le vieux prétexte du délit de fuite ; et on exila une dizaine de blancs, alors que l'accusation était la même : ils défendaient le principe de l'abolition de l'esclavage ; ces règles du jeu inadmissibles, mais qu'on peut constater dans toutes les sociétés à dominante blanche, les noirs les connaissent parfaitement, et elles n'ont pas changé, les statistiques sur les mécanismes judiciaires aux Etats-Unis le montrent ; néanmoins, les noirs ne reculent jamais pour défendre les autres groupes victimes du colonialisme. En Amérique ils ont été les alliés naturels des autochtones, depuis leur arrivée, au XVIème siècle ; la convergence des mouvements noirs et « sans papiers » latinos aux Etats-Unis le montre à nouveau . Et dans le monde entier ils sont aux côtés des Palestiniens. En Europe on ne reconnaît pas encore qu'ils défendent déjà, ce faisant, la liberté de pensée des autochtones : ils ont donné son sens plein au terme de négationnisme, à partir du moment où ils l'ont appliqué à l'histoire de leur sujétion propre. Pour ce qui est de la fraternité , c'est aux vieilles classes dirigeantes de donner l'exemple : tant qu'elles n'aboliront pas leurs privilèges, leurs raisonnements sur la souveraineté nationale ne seront pas écoutés du peuple.
Actuellement, la censure est principalement exercée par une caste fonctionnant sur le modèle le plus communautariste possible, celui de l'endogamie : la caste qui se revendique du judaïsme, comme nébuleuse idéologique supérieure à toute religion rattachée à un territoire donné par des siècles ou des millénaires d'enracinement. Le contrepoids en est la reconnaissance pleine de la civilisation africaine ; l'Amérique latine lui fait une large place, et cela détourne efficacement les uns et les autres des haines raciales ; l'animisme, comme les autres religions, vertèbre la conscience, et harmonise les rapports sociaux. On trouve l'Afrique à la source de la philosophie qui soutient le système informatique Linux, entreprise de résistance au capitalisme qui a pour mot d'ordre « UBUNTU » : « je ne suis que dans la mesure où les autres sont pleinement » . Linux est un produit du mariage entre un Finlandais et l'universalisme africain. Il n'y a de liberté qu'abolitionniste de tous les crimes « légaux » contre l'humanité, et de tous les monopoles.
Le combat pour les réparations est l'autre face du combat pour l'indépendance de l'Europe, pour sa liberté par rapport aux puissances impériales qui la veulent soumise à leur gouvernance, et privée de têtes pensantes. Les puissances impériales inoculent la repentance comme un poison, capable de mener à l'affrontement racial, à la division interne tant de l'Europe que de l'Afrique, au choc des civilisations. La réparation c'est l'inverse, c'est le concept sain sur lequel bâtir une révolution restauratrice des valeurs communes à toutes les traditions, et réalisatrice de nouveaux contenus pour les notions de droits et de devoirs, dans l'égalité élargie et approfondie que réclament les nouveaux équilibres démographiques. Imposer la réparation contre la repentance sera éminemment révolutionnaire et fondateur.
Article publié dans la revue Eurasia, rivista di Studi Geopolitici, 3/2007
Maria Poumier a été maître de conférences à l'université de La Havane , de Paris III et de Paris VIII. Spécialiste de l'histoire de Cuba, elle a publié Manuel Garcia, roi des campagnes cubaines , thèse sur le banditisme rural au XIXème siècle, dans la ligne des travaux de Eric J. Hobsbawm, et traduit les plus grands auteurs cubains. Sa recherche actuelle porte sur la pensée noire.
José Martí (1853-1895) était fils d'Espagnols très modestes. Il sut mobiliser pour son projet l'élite créole et les ouvriers noirs des manufactures de tabac, apaiser les tensions entre militaires noirs et blancs, et éduquer toute l'Amérique latine par une activité intense de journalisme, principalement en décrivant la société nord-américaine et ses failles éthiques ; puis il mourut au combat, dans la guerre qu'il avait préparée.
Les recensements indiquent qu'à partir du XVIIIème siècle, la population indienne cesse de diminuer, puis augmente progressivement jusqu'à aujourd'hui.
Il reste cependant des îlots noirs autour des anciens grands centres d'activité dans chaque pays d'Amérique, et dans les zones où les esclaves fugitifs trouvaient refuge.
Par exemple le grand poète et réformateur de la poétique espagnole, puis l'un des premiers ministres de l'éducation de El Salvador, Francisco Gavidia (1863-1955), était un indien qui avait séjourné à Paris.
La vieille règle espagnole, inspirée des ghettos juifs, sur la pureté de sang, se réimplanta très relativement dans la caste dirigeante, pour les emplois prestigieux, et dans les collèges où se faisait l'éducation de l'élite ; mais le statut de blanc s'achetait, comme aujourd'hui les cartes de séjour.
La Vierge de Guadalupe apparut à un enfant la première, en 1531, dix ans à peine après la prise de Mexico par les Espagnols ; l'Eglise la reconnut en 1648.
Au Pérou, on vénère San Martín de Porras (1572-1639), un saint noir qui était esclave, guérisseur, balayeur de son couvent, et dont les miracles relèvent du syndicalisme militant : il parvint par exemple à arrêter dans sa chute d'un échafaudage un maçon, le temps d'aller demander aux autorités la permission de le sauver ! On oublie, en Europe, l'importance de l'humour subversif au cœur des phénomènes classés, avec les œillères laïques, dans l'univers de la bigoterie.
C'est une universitaire française qui a établi tout cela, Marie-Cécile Benassy, dans sa thèse Humanisme et religion chez Sor Juana Inés de la Cruz , Paris, 1982 ; l'écrivain mexicain Octavio Paz a donné un tour différent, étroitement anticlérical, à cette biographie exceptionnelle, dans Sor Juana Inés de la Cruz ou les pièges de la foi , Gallimard, 1987.
De là est né le tango du Rio de la Plata ; le terme vient de Changó, dieu des tambours des Yorubas ; il a mûri dans les faubourgs portuaires, avant de devenir l'expression musicale nationale des Argentins et des Uruguayens.
L'exemple le plus célèbre est celui de l'extraordinaire roman en vers Martín Fierro , (1872-79) chant d'un gaucho rebelle de la pampa argentine, que l'auteur charge d'une profonde sagesse et qui rivalise avec un autre gaucho, d'ascendance africaine, en joutes poétiques ; c'est le noir qui a l'avantage, moralement et du point de vue de la logique, dans leur débat sur la société. Des prodiges littéraires de cet ordre ont existé dans chaque pays d'Amérique latine, mais n'ont pas souvent dépassé la notoriété locale. Jorge Luis Borges faisait partie des dévots inconditionnels du Martín Fierro, il a créé une revue du même nom.
Anténor Firmin, anthropologue haïtien, montre ce que Bolivar doit à la clairvoyance haïtienne, dans, dans son traité De l'égalité des races humaine s (1853-55) L'Harmattan, 2004. Déjà en 1805, Dessalines, le fondateur de l'indépendance haïtienne, avait reçu, conseillé et aidé Miranda pour libérer la Bolivie. Puis Alexandre Pétion reçut à deux reprises (1815 et 1816) Bolivar, l'aida en hommes et en munitions dans sa lutte pour libérer le Vénézuéla : En 1815, Haiti se convertit non seulement en important fournisseur d'approvisionnement mais aussi en première base navale. Le gouvernement d'Haiti s'engagea à accorder toutes aides et facilités à la condition que soit proclamée la liberté générale des esclaves au Vénézuéla. Pétion s'engagea à dépêcher le "Wilberforce", puissant navire de guerre haïtien, en assistance aux patriotes pour patrouiller devant les côtes vénézuéliennes.
Les constitutions latino-américaines prennent pour modèle la constitution des Etats-Unis.
Périphrase qui est à la mode parce qu'elle introduit subrepticement une négation d'humanité, véhiculée par le préfixe. Pourquoi ne dit-on pas émigration « des régions au Nord de l'Angola ? »
Déclaration de la Campagne internationale pour les réparations et l'annulation de la dette de l'apartheid, janvier 2003, Jubilee South Africa - http://www.jubileesa.org.za/
Hegel et Kant sont particulièrement scandaleux aux yeux des Africains, dans la mesure même de l'importance que leur accorde la culture européenne. Marx a échappé par miracle à cette condamnation, parce que Lénine a su faire passer le marxisme de l'échelle intra européenne à l'échelle mondiale, et intégrer l'histoire coloniale dans le concept d'impérialisme, « stade suprême du capitalisme ».
Alain Finkielkraut et Patrick Gaubert (président de la LICRA ) sont, en France, les chefs de file du mépris actif envers les noirs. Les institutions juives sont parvenues à organiser en 2005, à l'occasion d'un fait divers, des manifestations massives « contre l'antisémitisme », en fait contre les noirs censés être de sauvages assassins plus antisémites que quiconque.
Voir http://www. plumenclume .net/textes/2007/nonpensee25022007.html
En Europe, le fichage génétique est en train de se mettre en place : il s'agit de repérer ceux qui sont visibles lors de troubles à l'ordre public ; mais il n'est pas prévu de ficher les délinquants financiers, ni les empoisonneurs de conscience, bien sûr !!!!
« Noirs et latinos aux USA, une dynamique de complémentarité se met en place, http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1692&lg=fr
Terme et concept bantou, mais également base de l'humanisme traditionnel de toute l'Afrique.
http://www.plumenclume.net/textes/2007/leconsdameriquelatine011207.htm