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L'ENCLUME

Les lois antirévisionnistes au 27 janvier 2007

 

A. La Russie soutient la résolution condamnant tout déni de l'Holocauste



NEW YORK (Nations unies), 26 janvier - RIA Novosti. La Russie n'admet pas les tentatives contemporaines de blanchir le fascisme, ni celles de minimiser l'ampleur de la tragédie de l'Holocauste, a déclaré vendredi l'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine.
   "Nous n'avons tout simplement pas le droit d'oublier la tragédie de l'Holocauste et ce, afin d'exclure sa réédition à l'avenir", a affirmé M. Tchourkine, intervenant du haut de la tribune des Nations unies à l'issue de l'adoption par consensus d'une résolution condamnant sans réserve "tout déni de l'Holocauste en tant qu'événement historique, que ce déni soit total ou partiel, ou toute activité menée en ce sens".
   Le délégué permanent russe a souligné que la Russie considérait cette page de l'histoire (la tragédie du peuple juif dans les années de la Seconde Guerre mondiale) comme une tragédie de l'ensemble de l'humanité car, selon les desseins des nazis, d'autres peuples, y compris les Slaves, auraient dû eux aussi partager le sort des Juifs.
   L'antisémitisme, la xénophobie et l'intolérance, tant raciale que religieuse, ne doivent pas rester impunis, a insisté M. Tchourkine.
   L'ambassadeur russe a en outre exhorté les Etats-membres de l'ONU à s'intéresser plus largement aux processus en cours et plus précisément aux tentatives de "revoir l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, le rôle et les mérites de ceux qui, l'arme à la main, avaient combattu contre le nazisme et avaient libéré l'Europe".
   "L'oubli de leur exploit n'ouvre-t-il pas la voie à un blanchiment du fascisme qui avait autrefois déclenché l'Holocauste?", a-t-il poursuivi.
   Le diplomate a tenu à rappeler que la Journée internationale de commémoration des victimes de l'Holocauste était célébrée le 27 janvier, jour où l'Armée Rouge avait libéré les prisonniers du camp d'extermination nazi d'Auschwitz. Et d'ajouter que sur les six millions de Juifs victimes de l'Holocauste, trois millions étaient citoyens de l'Union soviétique".
http://fr.rian.ru/world/20070126/59759875.html

 

B. Le gouvernement italien renonce à pénaliser le négationnisme

 

Voici une dépêche de l'agence italienne Ats du 26 janvier 2007:
Le gouvernement italien a renoncé à faire du négationnisme un délit, un projet qui avait suscité de nombreuses critiques. Il a préféré sanctionner plus durement l'incitation à la haine raciale et les discriminations.
   La diffusion d'idées fondées "sur la supériorité et la haine raciales ou ethniques" sera sanctionnée d'une peine maximum de trois ans de prison, selon le texte du projet de loi approuvé jeudi soir par le Conseil des ministres et publié vendredi sur le site du ministère de la justice. Le texte supprime une disposition précédente votée début 2006 par le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi qui prévoyait une amende de 6000 euros, comme mesure alternative à la prison.
   Le fait de commettre des actes de discrimination basés sur des motifs raciaux, ethniques, nationaux, religieux ou sexuels ou l'incitation à commettre de tels actes sera punie d'une peine de six mois à quatre ans de prison. Le projet de loi doit encore être adopté par le Parlement.
   Le ministre de la justice Clemente Mastella avait annoncé le 19 janvier avoir l'intention de faire du négationnisme de l'Holocauste un délit puni de prison, soulevant de nombreuses critiques. Quelque 200 historiens, de droite comme de gauche, s'y étaient opposés dans un manifeste au nom de "la liberté des recherches historiques", craignant qu'"établir une vérité d'Etat délégitime la vérité historique".
   Le projet avait aussi suscité des remous jusqu'au sein de la communauté juive italienne. Certains de ses représentants avaient rappelé que les juifs italiens avaient fait l'objet dans le passé de "lois spéciales" et qu'ils n'en voulaient plus, une allusion aux lois raciales adoptées en 1938 par le régime fasciste.
http://www.edicom.ch/fr/news/international/269_3090755.html



Le texte de l'appel des historiens italiens contre une loi révisionniste



Nous, historiens, nous nous déclarons contre la loi qui punit la négation de la Shoah

D'après ce qu'ont annoncé les médias, le ministre de la justice Mastella va déposer un projet de loi qui prévoirait la condamnation, mais aussi l'emprisonnement, de toute personne niant l'existence historique de la Shoah. Le gouvernement Prodi devrait présenter ce projet de loi le Jour de la mémoire.
   En tant qu'historiens et en tant que citoyens nous sommes sincèrement inquiets de constater que l'on cherche à aborder et résoudre un problème culturel et social important (le négationnisme et sa diffusion possible surtout auprès des jeunes) à travers la pratique judiciaire et la menace d'emprisonnement et de condamnation.
   Ces derniers temps, précisément, le négationnisme a été trop souvent au centre de l'attention des médias, ce qui en amplifiait inévitablement l'écho, et de manière contre-productive. Il nous paraît particulièrement dangereux de remplacer une nécessaire lutte culturelle, une action pédagogique et l'énergie morale nécessaire pour faire devenir conscience commune la vérité historique de la Shoah par une solution fondée sur la menace de la loi.
Pour différentes raisons:
1) On offre aux négationnistes, comme cela s'est déjà produit, la possibilité de s'ériger en défenseurs de la liberté d'expression: en les sanctionnant pénalement on refuserait de contester et de démonter leurs points de vue;


2) On établit une vérité d'Etat en guise de passé historique, ce qui risque de délégitimiser cette même vérité historique, au lieu d'obtenir le résultat opposé escompté. Toute vérité imposée par l'autorité de l'Etat (l'"antifascisme" de la DDR , le socialisme dans les régimes communistes, le négationnisme du génocide arménien en Turquie, l'inexistence de la Place Tien-An -Men en Chine) ne peut que saper la confiance vis-à-vis de la libre confrontation des points de vue et de la libre recherche historiographique et intellectuelle;

3) On met l'accent sur l'idée, assez controversée chez certains historiens, de "l'unicité de la Shoah ", non pas en tant qu'événement singulier, mais en tant qu'il est incommensurable et sans comparaison avec tout autre événement historique, en en faisant un phénomène hors de l'histoire ou en le plaçant au sommet d'un classement présumé des maux absolus du monde contemporain.


   L'Italie, qui a encore tant à dire sur son propre passé colonial, devrait s'appliquer, par tout moyen, à faire en sorte que l'histoire récente et ses crimes soient à nouveau reconnus par la conscience collective grâce aux initiatives et aux campagnes pédagogiques les plus diverses.
   La solution d'une vérité historique imposée par l'Etat ne nous semble pas utile pour lutter contre les phénomènes, bien souvent liés à des déclarations négationnistes (et certainement dangereux et graves), d'incitation à la violence, à la haine raciale, à l'apologie de crimes répugnants qui sont une offense à l'humanité; pour ces derniers il existe déjà, dans notre système juridique, des articles de loi qui suffisent pour poursuivre les comportements criminels qui pourraient se manifester dans ce domaine.
   C'est la société civile qui, grâce à une lutte culturelle, éthique et politique constante, peut créer les seuls anticorps capables d'extirper ou au moins de redimensionner et marginaliser les points de vue négationnistes.
   Que l'Etat vienne en aide à la société civile, mais sans se substituer à elle par une loi qui risque d'être inutile ou, pire, contre-productive!

Marcello Flores, Università di Siena,
Simon Levis Sullam, Università di California, Berkeley
Enzo Traverso, Università de Picardie Jules Verne
David Bidussa, Fondazione Giangiacomo Feltrinelli
Bruno Bongiovanni, Università di Torino
Simona Colarizi, Università di Roma La Sapienza
Gustavo Corni, Università di Trento
Alberto De Bernardi, Università di Bologna
Tommaso Detti, Università di Siena
Anna Rossi Doria, Università di Roma Tor Vergata
Maria Ferretti, Università della Tuscia
Umberto Gentiloni, Università di Teramo
Paul Ginsborg, Università di Firenze
Carlo Ginzburg, Scuola Normale Superiore, Pisa
Giovanni Gozzini, Università di Siena
Andrea Graziosi, Università di Napoli Federico II
Mario Isnenghi, Università di Venezia
Fabio Levi, Università di Torino
Giovanni Levi, Università di Venezia
Sergio Luzzatto, Università di Torino
Paolo Macry, Università di Napoli Federico II
Giovanni Miccoli, Università di Trieste
Claudio Pavone, storico
Paolo Pezzino, Università di Pisa
Alessandro Portelli, Università di Roma La Sapienza
Gabriele Ranzato, Università di Pisa
Raffaele Romanelli, Università di Roma La Sapienza
Mariuccia Salvati, Università di Bologna
Stuart Woolf, Istituto Universitario Europeo, Firenze.

http://www.carmillaonline.com/archives/2007/01/002116.html



C. L'ONU condamne le déni de l'holocauste, en pensant à l'Iran



L'Assemblée générale des Nations unies a adopté à l'unanimité une résolution condamnant sans réserve tout déni de l'holocauste. Elle a envoyé ainsi, mais sans le nommer, un message clair à l'Iran.
   Dans cette résolution proposée par les Etats-Unis et parrainée par plus de 100 pays, 'Assemblée générale, où siègent 192 Etats, "condamne sans réserve tout déni de l'holocauste". Elle "engage vivement tous les Etats à rejeter sans réserve tout déni de l'holocauste en tant qu'événement historique, que ce déni soit total ou partiel, ou toute activité menée en ce sens".
   Adopté par consensus sans vote, le texte souligne notamment le danger "des efforts visant à nier l'holocauste qui, en ignorant l'historicité de ces terribles événements, accroissent le risque qu'ils se reproduisent".
   Plusieurs diplomates ont souligné que cette résolution, qui ne mentionne aucun pays en particulier, est inspirée par le comportement de l'Iran, dont le président, Mahmoud Ahmadinejad, et d'autres dirigeants, ont souvent nié l'holocauste.
   "Nous pensons qu'il s'agit d'une réelle action de l'Assemblée pour désavouer le gouvernement iranien (...) et un désaveu des affirmations sans fondements et totalement erronées du président Ahmadinejad", a indiqué le secrétaire d'Etat américain adjoint Nicholas Burns à des journalistes.
   Mardi encore, M. Ahmadinejad a qualifié l'holocauste de "fabrication". Il a prédit une nouvelle fois que l'Etat d'Israël allait "tomber en morceaux".
   Le gouvernement iranien s'est attiré une nouvelle vague de condamnations internationales en organisant en décembre à Téhéran une "conférence internationale" sur l'holocauste. Ce forum s'est révélé être une tribune pour l