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Rabbin Dovid Weiss, Spring Valley, 11 octobre 2007, entretien avec Ooscar Abudara Bini
(Traduction : Maria Poumier)
Oscar Abudara Bini, psychanalyste et cinéaste argentin, de père juif d'origine séfarade, et désolé de ne pas trouver parmi les juifs argentins plus d'échos à sa réflexion antisioniste, tenait à rencontrer un représentant du mouvement juif antisioniste des « Gardiens de la cité », Neturei Karta. Il a été reçu chez l'un d'eux très aimablement, dans une maison modeste, dont le salon fait office de salle d'étude, avec une bibliothèque de théologie hébraïque.
OAB : Vous avez participé à la conférence de Téhéran sur l'Holocauste ; avez-vous eu ensuite des ennuis, comme le rabbin de Manchester qui vous accompagnait, et comme Mosche Ayre Friedman, celui de Vienne, dont les enfants sont chassés des écoles juives, ce pourquoi il porte plainte ?
DW : Le rabbin Cohen de Manchester est un saint homme qui a 70 ans ; il est protégé par des caméras de surveillance 24h sur 24, désormais. Son seul tort est de vitupérer contre le sionisme, depuis les années 1990. Ici les monstres sionistes ont mis le feu à la maison de notre cher ancien, le rabbin Beck, là où nous avions nos archives, nos ordinateurs, notre photocopieuse…. Et la police continue à prétendre que c'est un accident, ce que personne ne peut avaler. Le rabbin Beck, que voici, était avec nous à Paris, lors de l'agonie d'Arafat ; il s'est rendu aussi en Iran, mais n'était pas de ce voyage-ci.
OAB : C'est un honneur de saluer un savant comme lui, nous savons que le rabbin Beck a écrit des livres importants pour légitimer l'opposition radicale à l'Etat d'Israël. Vous croyez vraiment que les sionistes auraient pu organiser un incendie criminel ?
DW : Ils sont capables de tout. Pour eux aucune vie n'a la moindre valeur. Le judaïsme nous apprend à respecter toute vie, aussi bien humaine qu'animale. Je judaïsme nous interdit de fonder notre propre Etat, nous devons rester en exil jusqu'à ce que toutes les nations reconnaissent Dieu, ce que nous appelons la venue du Messie. Et les juifs le savent parfaitement. Voyez ce que les sionistes ont fait, avant même la Deuxième Guerre mondiale. Chaim Weizman, premier président de l'Etat israélien, écrivait en 1938 : « La Palestine ne peut pas absorber tous les juifs d'Europe ; nous ne voulons là-bas que ceux qui ont reçu une éducation. Les autres juifs resteront là où ils sont, parce qu'ils ne comptent pas, c'est le rebut ». Mes grands-parents étaient hongrois et sont morts à Auschwitz, comme la mère du rabin Beck. Vous vous rendez-compte ?
OAB : Votre résistance devient insupportable pour les sionistes ; la revue Israel Today vient de lancer une « fatwa » contre vous, en donnant une liste précise des rabbins à éliminer….
DW : Oui, nous leur restons en travers du gosier. En Palestine ils agissent comme des conquérants qui se partagent le butin, et ils n'hésitent pas à verser le sang juif pour cela. Voyez ici les livres qui racontent l'histoire de Kastner, un juif qui travaillait avec Eichmann en Hongrie, ce pourquoi il a eu un procès en Israël. Eichmann avait offert de cesser de persécuter les juifs pendant deux mois, en échange d'or et de diamants ; Kastner pouvait les sauver, mais les sionistes ont refusé, ils ont racketté les plus riches pour les embarquer en Palestine, et ils ont laissé les autres crever sur place. Les aveux d'Eichamnn, qui d'ailleurs a été capturé en Argentine, votre pays, ont été publiés dans Life Magazine , dans les années 1950, et il y a 51 documents à ce sujet, repris dans le livre de Leni Brenner Zionism and the Age of Dictators . Vous vous rendez compte, ils ont collaboré avec les nazis, et ils ont le culot de vouloir nous dire ce que nous devrions faire !
OAB : Combien sont ceux qui suivent vos enseignements, en ce moment ?
DW : Nous formons beaucoup de jeunes dans nos écoles. Nous sommes 100 000 religieux, et ceux qui nous suivent se trouvent à différents postes, en tant que militants, à différents niveaux de visibilité. Mais le sionisme contrôle tous les medias, ils ne nous laissent pas nous exprimer. Si vous allez à Brooklyn, vous verrez à l'entrée de Brooklyn, juste après le pont, le quartier des juifs les plus religieux, ceux qui sont d'accord avec nous, et vous ne verrez pas un seul drapeau israélien. Nous sommes le véritable judaïsme depuis que notre religion s'est définie en tant que telle, alors que le sionisme a moins de 200 ans, et ce n'est qu'une idéologie, qui trahit le judaïsme ; ce n'est rien qu'un nationalisme, qui trompe les gens en usurpant les symboles du judaïsme. Ils veulent nous ridiculiser, mais nous représentons le judaïsme, et nous ne reconnaîtrons jamais l'Etat d'Israël.
OAB : Selon vous, l'Etat palestinien doit donc englober le territoire actuel de l'Etat d'Israël ?
DW : La Palestine toute entière appartient aux Palestiniens, nous devons leur rendre leur terre et leur demander pardon. Même si la Palestine était vide d'hommes, nous n'aurions aucun droit à occuper cette terre, c'est illégal et illégitime. Avant la conquête sioniste, nos communautés étaient parfaitement acceptées par les habitants, elles ne dérangeaient personne. A l'ouverture de la conférence de Téhéran, nous avons déclaré que les Palestiniens n'ont pas à payer pour les morts de l'Holocauste. Beaucoup de gens sont morts parce qu'ils étaient juifs, simplement, mais il est criminel de se servir d'eux, de les déterrer pour en tirer profit.
OAB : A l'origine le sionisme n'est qu'un mouvement laïque, dites-vous ?
DW : C'est plus grave que cela ; Theodor Herzl, le fondateur, voulait que les juifs se convertissent au catholicisme, il n'a même pas fait circoncire ses fils, ce qui est la base de notre religion.
OAB : En Argentine nous menons l'enquête sur les attentats terroristes de 1992 et 1994 (une centaine de morts, sans compter les blessés), contre l'Ambassade d'Israël et le centre communautaire AMIA. Il semble bien que l'ambassade d'Israël elle-même soit impliquée dans ces crimes, que Bush et sa clique veulent imputer aux Iraniens, pour un faire un casus belli . Pensez-vous que cela soit possible ?
DW : Il est tout à fait possible que les sionistes l'aient fait. Comme ils l'ont fait en 1948 à Deir Yassine, les sionistes passent leur temps, n'importe où, à semer la terreur avec leurs atrocités. Et ils ne respectent pas plus le sang juif que les autres ; En Iran les juifs sont protégés. Le président Ahmadinedjad a fait un discours d'une heure pour expliquer à quel point il les estime et les aime, lors de la conférence sur l'Holocauste ; nous avons les mêmes objectifs, et la communauté juive locale a exprimé sa reconnaissance au président iranien. Nous bénissons le président Ahmadinejad. D'ailleurs la BBC a transmis très honnêtement nos déclarations lors de cette rencontre.
OAB : Que pensez-vous de ceux qui nient l'Holocauste, et qui se sont retrouvés là-bas ?
DW : A cette occasion, on nous a encore joué un tour infâme. L'agence Associated Press a publié qu'il s'agissait d'une rencontre de « haïsseurs de juifs », pour préparer la destruction d'Israël, et que nous autres, notre groupe de religieux, nions l'Holocauste. Ils ont triché sur mon nom, en y ajoutant un Mosche inexistant. Nous avons été obligés de les contraindre par les voies légales à rectifier leurs mensonges, mais la nouvelle s'était déjà répandue de par le monde. Comment pourrions-nous nier l'Holocauste ? Personnellement, j'estime plutôt à 8 millions le nombre des morts et disparus, parce que beaucoup de gens, particulièrement les enfants, n'étaient enregistrés nulle part. De toutes façons, la question du nombre des victimes est une affaire entre Dieu et nous.
OAB Peut-on dire que votre combat est aussi un combat contre le gouvernement des Etats-Unis, qui cherche des prétextes pour bombarder l'Iran ? Et si le 11 septembre aussi était un massacre organisé par certaines sphères de pouvoir ici…
DW : Nous n'avons pas à attaquer le gouvernement de notre pays. Notre rôle est de le conseiller : n'écoutez pas les sionistes, vous ne savez pas ce que font les sionistes. Nous brûlons en public le drapeau israélien, mais nous refusons de piétiner celui de notre pays, parce que depuis la destruction du Temple, Dieu nous commande de nous disperser et d'être absolument loyaux envers les pays dans lesquels nous vivons. Le prophète Daniel payait ses impôts, des impôts exorbitants.
OAB : Donc Neturei Karta, l'organisation des religieux qui se qualifient eux-mêmes de « gardiens de la cité » défend les droits humains, tout simplement…
DW : Les droits humains, ce n'est pas suffisant. Nous devons sentir la présence de Dieu aussi dans les animaux et la nature. C'est un péché de ne pas respecter cela. Les sionistes refusent à Dieu la maîtrise sur le monde, ils sacrifient tout. Ils ont acheté un Etat avec le sang de l'Holocasute, et ils le reconnaissent. Voyez ce qui est arrivé au Japonais Sugihara, en Pologne, sur le site www.shop.wgbh.org ; la vidéo correspondante WGEH de Boston a été vue à la televison dans tous les Etats-Unis; il s'agit d'un diplomate qui avait aidé, avant la guerre, les juifs en leur fournissant des faux-papiers; il alla voir l'ambassadeur Stephen Wise, chef de l'Agence sioniste. Il s'est offert pour faire quitter la Pologne à tous les juifs : eh bien les sionistes l'ont envoyé promener. Il a fini exilé en Russie. Lisez donc le récit complet de cette histoire dans le livre : Conspiracy of Kindness, How a Japanese Diplomatic Saved Jewish Refugees in World War Two.
OAB:Il y a d'autres cas de juifs sacrifiés par les sionistes, comme dans le cas du Patria, en 1940…
DW : Exactement, c'est un cas bien connu. En 1942, 277 parlementaires anglais ont accepté de recevoir les juifs dans les colonies qu'avait l'Angleterre. Et les sionistes sont arrivés pour dire : et pourquoi pas en Palestine ? Et ils ont mis leur veto si leur destination n'était pas la Palestine. C 'est dans le Times de Londres, dans le numéro du 6 juin 1961.
OAB : Le problème, c'est que l'ONU a voté la création de l'Etat d'Israël…
DW : En 1947, le représentant de l'ONU est allé trouver le rabbin Dechinsky de New York (il est très âgé, mais habite toujours là) pour lui demander s'il voulait un Etat, et il a dit qu'il n'en voulait pas, ce qui est consigné dans les documents publiés par l'ONU. Il demandait à ce que Jérusalem soit placée sous administration internationale. Pour protéger les juifs qui mouraient de faim en Palestine, quelques uns s'y rendirent et sont devenus le parti Chas et Avodas Yisroel. Mais Neturei Karta les avait prévenus : n'y allez pas ; si vous acceptez leur l'argent, cela vous rendra aveugles. Nous ne devons pas nous demander si ceci ou cela est bon pour les juifs. C'est le type de raisonnement qui fait monter l'antisémitisme.
OAB : Les sionistes se justifient avec l'idée que c'est Dieu qui leur a donné la terre de Palestine….
DW : On n'est pas censés parler de Dieu à l'ONU ! Nous devons démonter tous leurs mensonges. Nous prenons contact avec toutes les personnes qui croient en Dieu. Ces derniers temps, nous avons pris contact avec Oprah Winter, la présentatrice de TV qui est très populaire ici. Nous sommes des dizaines de milliers de juifs antisionistes, à manifester à New York, allez voir les photos impressionnantes sur http://www.nkusa.org . Au début, la police avait des matraques et des balles de caoutchouc, pour nous faire reculer, mais maintenant les gens filment, il y a des témoins, ils ne peuvent plus.
OAB : Mais les antisionistes laïcs, les seuls tolérés officiellement, vous rejettent, on les a vus à l'œuvre en France, par exemple.
DW : C'est que les gens prennent peur. En Argentine ou au Brésil, je ne sais plus, le rabbin Extin a une communauté très religieuse qui défend notre orthodoxie. Nous participons à des manifestations aux côtés des Palestiniens, mais les gens subissent des lavages de cerveau, si bien que parfois nous sommes rejetés. C'est quelque chose que le président iranien, censé être le nouvel Hitler, comprend très bien. Il a dit textuellement, lors de la conférence : « Don't blame the Jews », ne condamnez pas les juifs. En fait Abe Foxman, président de l'ADL, a entre les mains une véritable machine à exacerber l'antisémitisme. Les juifs ont vécu pendant 800 ans dans les pays les plus divers, et ne se faisaient pas assassiner, il n'y avait pas de conflit religieux. Ce sont eux, les sionistes, qui ont réussi à dresser tout le monde contre les juifs.
OAB : Pour résumer, vous pensez donc qu'il faut rayer Israël de la carte…
DW : Nous n'aurons pas la paix tant qu'Israël existera, parce que c'est un Etat qui n'a rien à voir avec la volonté de Dieu. Nous prions pour la disparition rapide et pacifique de l'Etat d'Israël. D'ailleurs, qui pourrait défendre l'idée de concentrer les juifs sur un territoire saturé d'armes atomiques, et là où la haine contre eux est la plus intense ? C'est de la folie, et ça ne tient pas debout.
OAB : Et la solution des deux Etats ?
DW : Nous n'accepterons jamais un pouce d'une terre qui appartient aux Palestiniens. C'est interdit, c'est aller contre la volonté de Dieu. Le nom de Dieu a été profané, ce qui met en danger le peuple palestinien de même que les juifs.
OAB : Croyez-vous que les Palestiniens convoqueront un jour quelque chose de comparable au tribunal de Nuremberg pour juger les sionistes ?
DW : Ce que prétendait Hitler, c'était tuer tous les juifs. Les sionistes disent qu'ils veulent seulement expulser tous les Palestiniens, mais cela aussi, c'est criminel. Voyez comme il y a des termes dangereux ; les sionistes voudraient nous en tendre dire : « les juifs sont en train de faire un holocauste en Palestine » ; si nous le disions, ce serait employer leur langage codé, les mots fétiches dont ils ont besoin pour leur propagande. L'information falsifiée est si répandue que les gens n'arrivent plus à réfléchir sainement.
OAB : Diriez-vous que c'était une erreur de votre part d'assister à la conférence de Téhéran, à cause des opérations de falsification qui ont été menées ensuite ?
DW : Les Arabes nous ont écoutés très attentivement. En Occident, peut-être serons-nous entendus et compris plus tard. Le rabbin Beck pense que nous avons bien fait d'y aller. Mais on nous dénigre tellement ! De toutes façons, on ne peut plus revenir en arrière, il ne faut pas s'attarder sur ce qui est passé. L'un des résultats de la conférence a été de ridiculiser ceux qui voulaient minimiser l'Holocauste. Nous, ça nous est égal, que les gens aient été gazés, brûlés ou tués par d'autres moyens.
OAB : Et vous croyez que les sionistes pourraient vous assassiner, en tant que religieux, ou en tant qu'antisioniste ?
OAB : Bien sûr, et pour les deux raisons à la fois, pour faire d'une pierre deux coups. Mais je suis prêt à donner ma vie. En 1948, les juifs mouraient de faim en Palestine, ceux qui étaient là-bas, c'étaient les vieux rabbins, ceux qui constituaient l'élite du judaïsme. Eh bien quand les sionistes se sont emparés du pays, ils leur ont confisqué l'argent que leur envoyaient leurs familles depuis d'autres contrées, et ils les ont fait crever de faim, en pleine conscience.
http://www.plumenclume.net/textes/2007/netureikarta251107.htm