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Tribune libre - Article paru dans L'Humanité du 21 novembre 2007
C'est un véritable pamphlet que ce petit livre de 120 pages, publié aux
Éditions La Fabrique. Le titre lui-même joue la provocation en prenant
délibérément le contre-pied du thème à la mode de la renaissance de
l'antisémitisme en Europe. Pour l'écrivain et journaliste israélien Yitzhak
Laor, ce n'est pas la haine des juifs qui affecte l'analyse et le jugement
des Européens sur la situation au Proche-Orient, mais tout le contraire : «
Les Occidentaux, écrit-il, ont pris l'habitude de nous considérer comme une
partie d'eux-mêmes. » C'est-à-dire que dans l'affrontement entre l'Orient et
l'Occident, Israël fait partie de l'Occident, et ce, dès avant sa création,
dans la conception même du projet sioniste, qu'il définit très clairement
comme un projet colonial. Pour preuve, il cite le père du sionisme, Théodore
Herzl, écrivant dans l'État juif : « Pour l'Europe, nous serons comme un
rempart contre l'Asie, nous serons les défenseurs de la culture contre les
sauvages. » L'auteur montre que ce rôle d'avant-poste de l'Occident en
Orient, Israël l'a tellement bien accepté que ceux de ses citoyens qui ne
sont pas venus d'Europe, ceux que l'on appelle là-bas les « juifs orientaux
», les séfarades (dont l'auteur fait partie), ont longtemps été traités en
citoyens de seconde zone, et sont aujourd'hui encore priés de se « moderniser
», c'est-à-dire de s'occidentaliser, d'oublier leurs racines, s'ils veulent
réussir, faire partie de l'élite israélienne.
Mais la thèse la plus audacieuse défendue par Yitzhak Laor, celle qui lui
vaudra des volées de bois vert dans son pays et ailleurs - y compris en
France -, c'est l'analyse qu'il fait de l'utilisation de la Shoah « pour nier
ce qui arrive aux Palestiniens ». Il note que « l'irruption de la culture de
la Shoah » est récente : ce n'est qu'en 2005 que l'ONU a institué une Journée
mondiale de commémoration de la Shoah, l'Allemagne ayant ouvert la voie en
1996. Pour Laor, pas de doute, « il y a un lien entre la culture de la Shoah
et la haine de l'islam qui fait rage en Europe. Tout tourne autour de cette
idée : les uns sont comme nous, les autres sont différents ».
Malheureusement, l'État et la droite israéliens ne sont pas seuls à utiliser e registre sinistre. Une certaine gauche aussi. L'auteur se livre à une attaque virulente contre cette gauche sioniste dont font partie nombre d'écrivains et d'intellectuels réputés pacifistes, courtisés en Europe, mais dont il démonte les faux-semblants avec la cruauté d'un scalpel de chirurgien. Deux d'entre eux sont surtout visés : Amos Oz et A. B. Yehoshua. De ce dernier, il cite la terrible exclamation qu'il eut en juillet 2006, au déclenchement de la guerre contre le Liban : « Nous sommes enfin tombés dans une guerre juste ! » Et sa prédiction de 2004, celle d'une « guerre totale » avec les Palestiniens, une « guerre de nettoyage ». « S'ils tirent des roquettes sur Askelon, nous couperons l'électricité à Gaza, nous priverons Gaza d'essence. Quand la souffrance des Palestiniens sera tout autre, beaucoup plus intense, ils mettront eux-mêmes fin au terrorisme. (...) Et quand nous nous serons retirés, je ne veux plus connaître leurs noms, je ne veux plus entendre parler d'eux. » La démonstration est, hélas, accablante.
Françoise Germain-Robin
http://www.humanite.fr/2007-11-21_Tribune-libre_Israel-l-Occident-et-la-haine-de-l-islam
http://www.plumenclume.net/textes/2007/yitzhaklaor241107.htm