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ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

 

 

 

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LETTRE OUVERTE A UN AMI ECOLO DE DROITE,

par Ginette Skandrani

 

 

Demain, la décroissance, penser l'écologie jusqu'au bout , par Alain de Benoist , 200 pages ,

maison d'édition : e/dite prix 16 euro.

 

Bonjour Alain, je viens de lire ton bouquin " Demain la décroissance " avec un sous-titre judicieux, qui me convient tout à fait " penser l'écologie jusqu'au bout ".

Contrairement à tous ceux qui te critiquent et te dénient le droit d'écrire sur l'écologie car pour eux cela reste " chasse-gardée " et ne doit concerner que les écolos de gauche, je pense que tu as eu raison de reprendre plusieurs analyses de Serge Latouche dont la décroissance contre le développement productiviste. J'avais regretté que Serge ne prenne pas assez position sur le partage nord-sud car comment oser parler de décroissance aux peuples qui paient nos erreurs alors qu'on leur a promis une " civilisation de bien-être ". Car, pour construire notre " Dieu Croissance " qui devait nous apporter le bonheur, nous avons pillé leurs ressources, colonisé leurs terres et déporté certains de leurs habitants. Il est logique qu'ils cherchent également à profiter de cette part de " bonheur " que nous leur avons promis en échange de leur soumission, en leur mentant éhonté ment… car, nous n'avions surtout pas envie de partager. Il est donc logique, vu que leur misère ne cesse de s'agrandir, qu'ils viennent chercher quelques miettes sous la table de leur bienfaiteur.

Comment partager la richesse, le savoir, les ressources et le vivre ensemble, sans exploiter; comment consommer sans opprimer, en période de décroissance? C'est une des questions que je te pose également, car cela n'apparaît pas clairement dans ton exposé.

 

J'ai apprécié ce livre, dans le sens où tu ouvres un débat sur le devenir de notre planète, sur un changement de société et pourquoi pas un changement de civilisation avec une autre façon de penser le monde. Je t'en remercie, car ce débat n'est pas près de se refermer et ce n'est pas ce petit " Grenelle de l'environnement " qui a cherché à coller quelques rustines sur un pneu crevé qui pourra changer la donne.

Lorsque nous entendons notre président girouette se prononcer d'un côté comme un défenseur de l'environnement et de l'autre vouloir mettre la France au travail, sans nous dire : quel travail, dans quel contexte, selon quelles conditions, ni avec quelles matières premières ou énergies de production... il a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir cohérent.

 

J ‘ai également apprécié ce livre, car écrit par quelqu'un venant d'horizons autres que les miens, et ayant acquis d'autres expériences…ce qui laisse présumer que les échanges ne peuvent en être que plus fructueux.

 

Je sais bien, et nous avons été assez nombreux un moment donné à le signaler, que nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Soit, nous arrêtons cette société de consommation, de gaspillage, de pillage des ressources, d'exploitation à outrance de la nature et des autres espèces vivants sur cette planète, soit nous continuons à produire n'importe quoi, n'importe comment sans nous poser de questions sur le futur de la planète et de l'ensemble des sociétés qui la composent … et nous sommes foutus.

Il faudra trouver le courage de l'annoncer, et qui le fera ? Nos hommes et femmes politiques, y compris écologistes, auront certainement trop peur de choquer leurs électeurs et ne le feront pas. Et, comment faire en dehors des politiques pour trouver des alternatives afin de construire cette nouvelle société que nous appelons de nos voeux, en douceur, sans violences et en profondeur et ceci, sans léser personne ni ici ni ailleurs ? Je nous souhaite bien du plaisir.

 

Lorsque tu fais référence au Réseau québécois " la simplicité volontaire " cela me rappelle que nous avons également lancé ce genre de réflexion en Alsace, avec nos amis du Bade-Wurttenberg dans les années 1974. En nous associant afin de lutter contre l'installation des centrales nucléaires sur le Rhin, à Fessenheim (en Alsace), à Wyhl (en Allemagne), à Kaiseraugst (dans le canton de Bâle), nous avons abordé le sujet et en avons longuement débattu : " quelle société sont-ils en train de nous préparer ? Avions-nous besoin de tant d'énergie pour la gaspiller en la transportant ailleurs ? Avions-nous besoin de ces centrales, alors que personne ne savait comment les démanteler ni maîtriser les déchets produits à grande échelle et de plus hautement radioactifs ? Allions nous truffer les sols de déchets radioactifs pour des millénaires en laissant la gestion à nos enfants " ? Ce qui nous a permis d'aborder les fondements de l'écologie politique : " la gestion de la planète, de ses ressources, des espèces vivantes, appartient à tous ses habitants, car nous sommes tous embarqués sur le même navire ". Cela ne s'est pas amélioré entre temps, les débats continuent toujours dans bien des milieux écolos, car ce sont toujours les mêmes qui gèrent entre eux capitaux, multinationales, banquiers, FMI et autres financiers.

 

Je sais, ayant souvent discuté avec toi, que l'énergie nucléaire n'était pas un problème pour toi. J'espère que, vu ce que tu nous a écrit dans ton livre sur la décroissance, que tu ne peux plus classer le nucléaire comme une solution d'alternative au pétrole vu que cette énergie est tout aussi gaspilleuse, tout aussi polluante, tout aussi nocive que celle que nous voulons remplacer ? Et de plus, ce qui est pire, elle nécessite une protection policière et policée.

 

Nous nous sommes vite rendu compte que ce n'était pas uniquement le parc nucléaire qu'il fallait combattre mais que c'était l ‘ensemble de nos sociétés qui était malade. En voulant toujours produire plus, en courant après la consommation de biens, de produits, de déplacements, en gaspillant impunément les ressources, sans prendre en compte que rien n'était inépuisable car la planète était déjà finie depuis fort longtemps et ne pouvait de ce fait se renouveler, nous étions tous, dirigeants, partis politiques de toutes tendances, citoyen(ne)s, tombés dans le piège de toujours plus, toujours mieux, toujours plus confortable, avec le moins d'efforts possibles. Et comment expliquer cela à des gens qui ne demandaient qu'à profiter de tout ce qu'on leur offrait, sans penser à demain, aux générations futures, à l'ensemble des habitants de cette planète ?

 

C'est ce genre de réflexion globale et planétaire qui m'a fait rejoindre Ecologie et Survie (mouvement d'écologie politique alsacien) au lendemain de l'élection de François Mitterrand car j'avais déjà compris que la gauche ne remettait pas en question notre modèle de développement responsable de la destruction de l'environnement, de l'appauvrissement de nombre de sociétés, du pillage des ressources, de la colonisation des terres des autres, de l'exploitation des forces de travail et du gaspillage des ressources.

Le PS et encore moins le PC et tout ce qui gravitait autour ne remettaient aucunement en question le productivisme. En se sens, ils n'étaient guère mieux que la droite capitaliste et tout aussi productiviste.

Et Ecologie et Survie, tendance Alsacienne du MEP était fondée sur le " ni droite, ni gauche ", ce qui me convenait très bien, car la pensée écologiste étant quelque chose de nouveau ne pouvait se référer à des vieilles lunes, qui ne juraient que par le développement matérialiste fondé sur le capital et la production.

 

Le MEP ayant été à la création des Verts Parti écologiste en 1983, puis des Verts en 1984, j'ai été membre co-fondatrice et élue au Conseil national inter-régional (le parlement du parti) pendant de nombreuses années.

Etant de tendance libertaire, non électoraliste, j'y trouvais bien ma place entre les rivalités gauche-droite à l'intérieur du parti, naviguant entre les deux selon les idées que les deux courants défendaient… jusqu'au moment où Antoine Waechter ayant été mis en minorité par les verts-pluriels (qui n'avaient de pluriels que le nom) a quitté le parti qui est, de ce fait devenu un parti traditionnel et monologue.

J'ai toujours pensé que l'écologie étant un mouvement universel concernant l'ensemble des populations de la planète, ne pouvait donc se classer à gauche et encore moins à droite et certainement pas au centre. Cela est un des sujets que tu défends bien dans ton livre. Nous en avons souvent discuté, toi l'écolo de droite et moi l'écolo qui avais mes racines, à travers mes parents, dans cette gauche qui m'a tant déçue. Mon père était communiste, engagé aux FTP dans la résistance près de Marseille et ma mère avait organisé les réseaux communistes en Alsace. Ils étaient également anticolonialistes, surtout mon père, et m'avaient formée très tôt à la notion de peuples autonomes, ce qui a fait, qu'adolescente, je me suis engagée côté des Algériens dans leur lutte de libération, puis plus tard à côté des Kanaks, Polynésiens et évidemment des Palestiniens. Ecolo radicale et également pacifiste, cela m'a valu plein d'inimitiés à gauche, y compris au sein des verts. Car, pour faire figure respectable auprès de leurs nouveaux partenaires socialos-communistes, il fallait se débarrasser des écolos fondamentalistes et pacifistes comme Jean Brière ou moi-même.

Tu cites également la phrase du chef indien " Duvamish : " Nous sommes une partie de cette terre et elle est partie de nous ", cela m'a rappelé toutes ces heures de discussion avec Jean Marie Djibaou qui me disait : " Tu connais la différence entre vous les occidentaux et nous les Kanaks, ? Vous pensez que le terre et donc la nature vous appartient et nous Kanaks nos savons que nous appartenons à la Terre ". je n'ai jamais oublié ses paroles. Il est vrai que nous devrions, avant qu'il ne soit trop tard, nous pencher vers ces civilisations que nous appelons primitives qui sont pleines de sagesse et pourraient nous réapprendre un peu de bon sens.

 

Il y a un autre sujet qu'il faudra aborder et qui est tout aussi difficile à défendre : une décroissance équilibrée et harmonieuse pour tous ne peut s'enclencher sans aborder le sujet des régulations de naissance, car les huit milliards d'habitants prévus prochainement ne pourront consommer, habiter, ni s'épanouir dans un espace qui ne peut plus s'étendre, sans provoquer, des guerres et des destructions .

Comment gérer ensemble, entre toutes les nations, ce problème qui nous concerne tous ?

 

Ginette Hess Skandrani

Ecolo-pacifiste libertaire.

Membre co-fondatrice des Verts

Exclue en 2OO6, pour avoir défendu " Un seul Etat démocratique en

Palestine/Israël pour tous ceux qui aiment cette terre et veulent la

construire ensemble ", alors que les verts défendaient deux Etats

ethniques et séparés.

 

 

 


http://www.plumenclume.net/textes/2008/decroissance160208.htm

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