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ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

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En confidence I

Entretien avec « L'Inconnue » par Robert FAURISSON 28 décembre 2007

L'Inconnue  : Robert Faurisson, depuis bientôt trente ans, vous défrayez la chronique par votre opiniâtreté dans un combat solitaire pour des idées qui vous sont très personnelles et que nous ne commenterons pas ici ; elles sont suffisamment glosées ailleurs. Je vous propose de faire connaître au public d'autres facettes de votre personnalité, à partir de quelques images simples, violemment contrastées, qui se sont imposées et qui sont comme l'émanation de votre personnage public. En fait, vous jouissez d'une double célébrité : d'aucuns vous admirent pour votre refus de l'à-peu-près et pour la rigueur de votre méthode, qui leur est un sésame ; d'autres vous tiennent pour un dangereux prestidigitateur, réussissant à hypnotiser ceux qui acceptent de vous entendre. Les premiers voient déjà la plaque de la « Place Robert Faurisson » à Vichy, non loin de l'Allier et de la source des Célestins, devant le lycée où vous enseigniez Rimbaud aux jeunes filles – avant de passer à des plaisirs encore plus scabreux – ou près de l'endroit où trois gaillards ont entrepris de vous assassiner en 1989. Les seconds, dont se réclament vos assassins ratés, se démènent depuis bientôt trente ans pour vous envoyer en prison, au cimetière, ou à l'hôpital psychiatrique, sans y parvenir. Devant un destin aussi rare, par les surprenants excès que vous avez provoqués, on ne peut s'empêcher de vous tenir, de quelque bord que l'on se place, pour un être improbable, un Arsène Lupin, si vous permettez, une figure du mythe de l'évasion à répétition, qui nous nargue, le tout dans un cadre qui peut paraître ludique, bénin, puisqu'il n'y a pas mort d'homme. Votre passion a toujours été la littérature ; il n'est pas rare que le romanesque transfigure ses lecteurs ; c'est ce qui était arrivé à don Quichotte, à Madame Bovary et à bien d'autres. Je vais donc me permettre de vous traiter comme un personnage de roman, qui aurait été formaté par ses lectures ; vous appartenez à la légende avant que le roman de votre vie ait été écrit, certes, mais on pourrait en dire autant de bien des gens célèbres. M'autorisez-vous à vous traiter de la sorte ?

RF : Je « nargue », pensez-vous. « Narguer », c'est « braver, avec un mépris moqueur ». Pourquoi pas ? Toutefois ce que je brave ou que je défie de cette manière, le plus souvent ce ne sont pas des individus mais l'autorité ou le danger. J'aime à braver qui fait parade de son autorité et j'ai un certain goût du risque, même physique, puisqu'il se trouve que je suis porté à la hardiesse. Je ne pense pas faire montre d'arrogance mais parfois, devant la lourdeur, je cache mal mon accablement. Sans être pour autant un don Quichotte car je me crois dépourvu d'illusions, je sais que l'autorité que je défie l'emportera ; elle me brisera. Dans treize mois, j'aurai quatre-vingts ans. Mes juges accusateurs auront gagné. Les criminels du camp des vainqueurs l'auront emporté et ils riront de nous. C'est leur version de l'histoire qui s'imposera.

Dans le portrait somme toute flatteur que vous brossez de moi et dont je vous sais gré parce que je n'ai pas l'habitude de me voir ainsi traiter, je perçois déjà les éléments de la caricature que mes puissants adversaires dessineront de moi. Retenez que, dans mon tout dernier procès devant la XI e chambre de la cour d'appel de Paris, présidée par Dame Trébucq, les avocats des trois parties civiles se sont accordés à dire que le trait dominant de ma personnalité n'est rien autre que la lâcheté. La cour et le ministère public opinaient du chef.

Vous me parlez de « personnage romanesque ». Soit, mais a-t-on besoin de la fiction quand la réalité est là, si intéressante à débusquer et à rendre avec exactitude, même quand elle est sordide ? Les grands romans sont en réalité des chroniques ; le fait qu'il leur arrive de prendre une couleur romanesque, épique ou poétique n'y change rien. Des œuvres m'ont ému comme, par exemple, Les Perses d'Eschyle ou certains sonnets mystérieux de Nerval ou encore la trilogie allemande de Céline ( D'un château l'autre , Nord , Rigodon ) mais je n'en connais aucune dont je dirais qu'elle m'a formé ou, comme vous dites, « formaté ». Ce qui m'a formé, ce sont avant tout des événements de la vie réelle et non, je pense, mes lectures.

XXX  : Dans les blagues qui circulent, on vous appelle Herr Zoolocauste, Docteur Frisson, Faufaux, L'Affreuxrisson, Norton Cru007 (par allusion à Jean Norton Cru, révisionniste de la Première Guerre mondiale, comme vous d'ascendance franco-britannique et, comme vous, universitaire)… Votre nom de famille Faurisson signifie-t-il quelque chose, en patois charentais, le berceau de votre famille paternelle ?

RF : Nous y sommes : des blagues. D'autres sobriquets encore me sont revenus aux oreilles. Je goûte l'ironie, la gouaille ou même le calembour et je sais que mes efforts peuvent prêter à rire. Trente années durant, je me suis démené en faveur d'une cause que je n'avais manifestement pas les moyens de faire triompher. Pour le spectateur, il peut être comique l'homme qui trébuche et puis qui, tel un pantin, se désarticule et tombe à terre mais je vous garantis qu'en pareille circonstance, me retrouvant le nez dans la poussière, je n'ai personnellement jamais ri.

« Faurisson » est un diminutif de « Faure », qui, comme « Fèvre », « Lefébure », désigne l'artisan (en latin, «  faber ») ; je suis en ce moment même à mon établi.

XXX  : Je reprends pour commencer les termes de François Brigneau, le premier qui vous ait consacré une biographie, sous le titre Mais qui est donc le professeur Faurisson ? , aux éditions La Sfinge , Rome, 2005. Il vous voit avant tout en détective ; ressemblez-vous à Sherlock Holmes, le détective en robe de chambre, trouvant des indices là où d'autres ne voient que la normalité, pulvérisant les mensonges et les faux témoignages ou telle ingénieuse mise en scène d'un criminel ou encore des croyances reposant sur la notoriété publique ? Diriez-vous que la loupe est votre principal instrument de travail ?

RF : Cet opuscule est paru en 1992 aux éditions François Brigneau ; ce que vous mentionnez est une réédition. Oui, ma foi, l'hérédité écossaise aidant (ma mère, Jessie Hay Aitken, dite Jessica, est née à Edimbourg), je peux passer aux yeux de certains de mes amis pour une sorte de Sherlock Holmes en houppelande de voyage, traînant ses guêtres sur les lieux d'un crime supposé et, la loupe à la main, cherchant dans les coins et les recoins à distinguer le vrai d'avec le faux. Cependant, au cours de mes recherches je n'ai pas été un solitaire. J'ai consulté nombre de spécialistes en France et à l'étranger. Il est possible que certains me trouvent des airs de Nimbus mais je ne marche pas dans les nuages.

XXX  : L'image d'Arsène Lupin m'était d'abord venue à l'esprit par votre capacité à rebondir ; après tant de procès, après avoir été condamné à payer tant d'amendes, de dommages-intérêts, de frais de publications judiciaires forcées et alors que la loi permet maintenant de vous coffrer, ce qui n'était pas possible auparavant, vous continuez à rendre fous vos adversaires, à ce qu'il semble.

RF : « Monsieur Faurisson, vous hantez mes nuits ! » m'a lancé en 1981 un avocat de la partie adverse, Bernard Jouanneau, que j'ai fait pleurer de désespoir en 1982 au terme d'une plaidoirie dont il avait lui-même fini par percevoir l'inanité sonore. En 2007, il a plus ou moins répété la formule. Vous allez croire que je me réjouis de rendre « fous » mes adversaires. Pas vraiment. Leur folie n'a pas besoin de moi pour se manifester. Elle me consterne. Quant à ma capacité à rebondir, le grand âge venant, elle s'en est allée. Je suis perclus. J'ai reçu trop de coups. J'évite pourtant de m'en plaindre. J'ai conscience de quelques réalités qui font que mon sort, comparé à celui de tant d'autres rebelles, est enviable : d'abord, je vis dans un pays de cocagne, la France ; ensuite, la République française est bonne fille, du moins quand elle n'est pas en guerre ou en guerre civile, que cette dernière soit franche ou larvée ; enfin, je dois me rendre à l'évidence : jusqu'ici j'ai eu la baraka. Peut-être dois-je cette dernière chance au fait qu'en général je suis allé droit au danger et cela à tel point que l'adversaire en a été déconcerté et qu'il en a parfois, sur l'instant, perdu ses moyens de riposte. Parfois aussi, et ce n'est pas glorieux, j'ai pris la fuite à grands pas et mes poursuivants, manquant de souffle ou de conviction, ne m'ont pas rattrapé. Jusqu'ici, à la différence de tant de mes compagnons de route qui, hors de France, ont connu ou connaissent la prison, mon hérésie en matière d'histoire ne m'a pas valu un seul jour de prison sauf, bien entendu, avec sursis. On m'a pourri la vie et celle des miens, ce qui n'est déjà pas si mal. Les futés, les malins, ceux qui peuvent à juste titre me lancer à la figure : « Je ne suis pas fou (ou : folle), moi » vous diront peut-être : « C'est Faurisson qui s'est pourri la vie et qui a pourri celle des siens. Qu'il ne vienne pas se plaindre ! » Mais où ces gens-là prendraient-ils que je me plains ? Je constate la dure réalité et c'est tout.

XXX  : La question des chambres à gaz et, par voie de conséquence, du nombre des victimes de l'Holocauste, tant juifs qu'Allemands et Palestiniens, est profondément tragique, et même vos ennemis ne sauraient vous reprocher de traiter le sujet à la légère, puisqu'ils considèrent que vous êtes non seulement un lâche, mais un individu pire qu'un assassin ordinaire, tout le contraire d'un humoriste, pour le moins. Votre ténacité donne de vous une image d'héroïsme tragique, même si vous tenez à faire savoir que vous connaissez des moments de faiblesse. Certains vous ont comparé à Giordano Bruno, dans le rôle du savant sur lequel s'acharnent les tribunaux, convaincus que ses théories mettent en péril leur autorité et l'équilibre de la société tout entière. Vous sentez-vous le Giordano Bruno de notre temps ?

 

RF  : Accusé d'hérésie par l'Inquisition, Giordano Bruno a été incarcéré pendant sept ans ; puis, en 1600, il a été brûlé vif après d'affreux supplices ; on lui a arraché la langue, qu'il avait impie. Une trentaine d'années plus tard, Descartes en tirera la leçon : mieux vaut s'avancer masqué («  Larvatus prodeo »). Nous n'en sommes plus à ces formes de répression. Pour ma part, depuis trente ans, mes adversaires m'infligent une sorte de supplice chinois particulièrement vicieux dont je vous passerai les détails. Il y a là, je vous en préviens, de quoi briser un homme et sa famille. Voyez, à Lyon, l'affaire Bernard Notin : on commence par s'en prendre à vos animaux familiers, puis à vos enfants, à votre femme, à votre personne physique et au libre exercice de votre métier ; les chers collègues affectent de ne plus vous connaître et même, dans leurs assemblées délibératives, ils décident de vous sanctionner. Aucune vie sociale n'est plus possible. On vous chasse de l'université. Vous croyez trouver un refuge dans un pays lointain, sur un autre continent (l'Afrique) ; on vous y découvre et votre compte est bon. L'appareil de la justice et les médias ne vous laissent plus un instant de répit ; vous croyez trouver un avocat et vous tombez sur un arriviste et un faiseur qui, désireux d'apaiser la partie adverse et de se concilier les juges, vous fait signer votre abjuration : en pure perte, car la meute n'en clatit que de plus belle. Votre femme exige le divorce, vous perdez la garde de vos quatre enfants, et vous voilà contraint à l'exil (au Mexique) parce que la presse française vous a marqué au fer rouge. Tout cela pour prix de trois lignes timidement révisionnistes que vous avez réussi à glisser dans une obscure revue scientifique ; par le fait, cette dernière a précipitamment décidé de se pilonner elle-même et de rechercher dans toutes les bibliothèques les exemplaires de la livraison sacrilège afin de les détruire (par le feu ?). Une chasse aux sorcières révisionnistes se déclenchera ensuite dans les universités lyonnaises ; elle fera de célèbres victimes ; enfin, en juin 1999, un grave incendie détruira dans sa majeure partie la bibliothèque interuniversitaire soupçonnée d'abriter des ouvrages révisionnistes ; l'enquête de police commencera par découvrir qu'il s'agit d'un incendie criminel, puis, par un tour de main judiciaire, l'incendie sera décrété accidentel. Autorités politiques (Anne-Marie Comparini) et responsables médiatiques refuseront d'exiger des éclaircissements sur l'enquête en cours : l'affaire est étouffée. Le silence s'est fait sur cet incendie ; moi, je ne l'oublie pas.

Personnellement, il m'est arrivé de craquer ; mes proches et mes amis le savent. Puis, mes forces me sont en partie revenues et je suis remonté en ligne. Certains s'imaginent que les épreuves vous trempent ; ce n'est pas mon impression.

J'éprouve de l'indulgence pour les révisionnistes qui en sont venus à abjurer le révisionnisme mais je trouve détestables ceux d'entre eux qui, allant plus bas encore, se sont mis au service du camp adverse ou bien ceux qui se font gloire d'avoir été plus intelligents que tel révisionniste et plus fins tacticiens dans leur propre comportement face aux censeurs et aux juges. Ils se permettent alors d'en remontrer à celui qui a fait le sacrifice de sa tranquillité, sinon de sa vie.

 

XXX  : D'un autre côté, au spectacle de votre entêtement et de celui de vos adversaires, absolument symétriques, on ne peut s'empêcher de trouver matière à rire. Je recopie par exemple les noms d'oiseau accumulés par Georges Wellers à votre endroit en 1987 : « La ‘star' française du négativisme […]. Un homme bizarre, extravagant, voire anormal […]. Un aveugle volontaire […] un faux savant cherchant la contre-vérité, rien que la contre-vérité, la contre-vérité à tout prix […], un ignare […]. Le fantaisiste ou le démagogue qu'est Faurisson […] un cas de confusion mentale qui relève de la compétence des psychiatres […] un cas d'impudence motivée par des raisons politico-financières […] incorrigible et sans scrupules […] un grotesque […] stupide et illettré […] ».
Voilà pour le premier camp, dont l'hystérie et les hyperboles sont hilarantes.

 

RF  : Dans sa philippique, titrée « Qui est Robert Faurisson ? » ( Le Monde juif , juillet-septembre 1987, p. 94-116), G. Wellers en a débité bien d'autres sur mon compte mais son intempérance lui a joué un tour. Emporté par son élan, il s'est pris à dénoncer également ce qu'il a appelé mon « instruction du niveau du baccalauréat, sinon au-dessous » (p. 111). Pour le coup, cette accusation m'avait intrigué. Depuis quelques années déjà, nous cherchions, Pierre Guillaume et moi, à savoir quels pouvaient bien être les diplômes universitaires de ce personnage au français approximatif et qui ne manquait aucune occasion de brandir ses titres, dont celui de « maître de recherches en physiologie au CNRS ». Lors d'un procès, la présidente d'un tribunal avait, à notre demande, tenté d'obtenir une réponse claire de l'intéressé. En vain. Par la suite, je décidais d'écrire directement à G. Wellers. Là encore en pure perte : dans ses réponses il esquivait la question et, à tout coup, excipait de son titre au lieu d'indiquer ses diplômes. Je pense qu'il ne possédait exactement aucun diplôme. Peut-être avait-il, tout au plus, entrepris quelques études scientifiques jusqu'à la licence (mais avait-il seulement obtenu cette licence ?) dans un coin obscur de l'Union soviétique au cours des années 1920. L'homme est mort en 1991. Paix à ses restes ! En 2007, son accusation à mon encontre semble avoir inspiré plusieurs amis ou témoins de Robert Badinter qui, à la XVII e chambre, ont, sous serment, attesté de ce que j'avais usurpé mon titre de professeur d'université. La shutzpah de ces gens ne connaît pas de bornes.

 

XXX  : Pour ma part, j'avoue que j'ai ri quand je vous ai vu saluer l'un des avocats qui vous persécutent depuis plus de vingt ans d'un très attentionné « Alors, cher maître, ça gaze, vos chambres à gaz ? », avec votre « â » appuyé, d'un français qui appartient à une autre époque. On a l'impression que le couple infernal que vous formez avec ceux qui vous honnissent aurait sa place chez Edmond Rostand ou chez Alfred Jarry. On peut même dire que vous êtes entré dans le répertoire comique des jeunes, puisqu'ils disent maintenant « gazer » quelqu'un, là où on disait autrefois « chambrer ». C'est une consécration indirecte, mais réelle, et les dictionnaires de la langue française devront en tenir compte !


Revenons au sujet. Cervantès a certainement été contaminé par sa créature quichottesque, tout le monde a reconnu Balzac dans Rastignac, Flaubert a proclamé « Emma Bovary, c'est moi » ; j'ai l'impression qu'en tant que créateur de personnages de comédie, dans les spectacles que constituent les audiences de vos procès, où vous semblez mener les acteurs et le public par le bout du nez, vous êtes aussi un peu Molière, le Molière qui est dans les coulisses, et le Molière sur scène. Mais comment appelleriez-vous le type psychologique et social que vous avez en quelque sorte façonné, comme condensé de vos adversaires, après Harpagon, Tartuffe, Alceste, le Malade imaginaire et tant d'autres ?

 

RF  : Vous avez raison de dire que j'aime à me payer la tête des avocats de la partie adverse. Je vais parfois jusqu'à les remercier de l'indigence de leurs prestations. Mettez-vous à leur place : on leur demande de défendre une thèse indéfendable et de prouver que deux et deux font six. Etonnez-vous qu'ils évitent le sujet de fond et qu'ils recourent aux expédients du métier : effets de manches, de robe, de bouche, de poitrail, mines éplorées, airs outragés, émotions feintes. Ce qui les rend nerveux, c'est qu'ils savent qu'au terme de l'audience ils risquent de s'entendre décerner de ma part, à haute voix, une note assortie d'un jugement. Les représentants du ministère public ont le droit de ma part à un traitement identique. Quant aux juges, je leur dénie poliment le droit de me juger au nom d'une loi d'exception et il m'arrive de souligner leur incompétence en matière de recherche historique. Ils ne m'intimident pas. Si tel président s'autorise à manifester à mon égard une hostilité de principe, ou bien je n'y prête pas attention ou bien je lui demande de changer de ton, et il en change. Il est possible que l'assistance en ressente quelque gêne ou bien, à l'inverse, quelque plaisir. Moi, cela ne m'amuse pas. Je ne suis ni à la fête ni au théâtre.

 

Je comprends néanmoins que vous me parliez de théâtre, de comédie ou de roman. Mes adversaires me font l'honneur de me comparer au Méphistophélès du Faust de Goethe, « l'esprit qui toujours nie » («  der Geist der stets verneint  »). Pour ma part, il advient que, leur rendant la politesse, je les décrive sous les traits de tel personnage de Molière (Gorgibus), de La Fontaine (Garo), de Fontenelle (Libavius), de Voltaire (Pangloss), ou de Céline (« l'Agité du bocal » [comme Sartre], « Dur-de-Mèche » [comme Malraux] ou « mon assassin mou, mon assassin d'escalier » [comme Roger Vailland]), quand ce n'est pas de Shakespeare ou de Cervantès tandis que mon avocat évoquera Courteline ou Anatole France. Mais vous avez raison : si je me mets à la place du spectateur de ces procès révoltants et grotesques, ce qui lui vient probablement à l'esprit, ce sont surtout les personnages de Tartuffe pour les juges, de Maître Bafouillet, avocat du sapeur Camember, pour certains avocats des pieuses associations et, enfin, de don Quichotte pour votre serviteur. J'ai parfois conscience du ridicule de ma situation : je ressemble au nageur qui a l'air de vouloir remonter le Niagara à la nage. Dans ces moments-là, serais-je lourd comme Candide ? Naïf comme l'enfant d'Andersen ? Inconscient comme don Quichotte qui, se précipitant au secours d'une colonne de forçats enchaînés, se fait copieusement rosser par ceux qu'il vient pourtant de libérer ? Après tout, le peuple allemand, dans son ensemble, ne me sait aucun gré de ce que je le défends contre une atroce calomnie ; selon toute apparence, il se moque du fait que les révisionnistes lui permettraient de s'abstenir d'une repentance qui n'a aucune raison d'être ; au contraire, Allemands et Autrichiens, dans leur ensemble, paraissent admettre la répression judiciaire et extrajudiciaire qui s'exerce contre le révisionnisme. Molière avait décidément tout vu et tout décrit du spectacle de la comédie humaine ; il paraissait s'en amuser mais il en souffrait ; il est mort dans son accoutrement de comédien. Dans le meilleur des cas, je mourrai à mon établi.

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