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ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

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Israël : 60 ans de mystifications,

22000 jours de résistance palestinienne

 

Livret de 80 pages, sans mention d'auteur. A la fin seulement, on trouve l'indication suivante :

« A tous ceux qui veulent savoir, qui veulent agir, nous proposons de nous contacter : CAPJPO-EuroPalestine, 16 bis rue d'Odessa. 75014 Paris, http://www.europalestine.com , info@europalestine.com

 

L'ouvrage est sobrement illustré en noir et blanc, avec des cartes de la Palestine et de son dépeçage progressif, et quelques photos excellentes. Il est construit comme une chronologie : un thème par an, des renseignements précis, et tous les sujets cruels sont traités sans concession. En voici quelques uns :

1949 : Yéménites et Irakiens pris en otage

1953 : Tuez-en le plus possible

1957 : Dimona, une usine « textile » ?

1959 : A défaut de tuer Arafat, salissez-le !

1963 : L'eau, une « ressource partagée »

1965 : Le soutien de la démocratie israélienne aux dictatures

1973 : La réputation de Tsahal est ébranlée

1976 : Israël et l'Afrique du Sud de l'apartheid : un passé qui ne passe pas

1981 : Dans les prisons secrètes d'Israël… bien avant Guantanamo

1984 : Falachas ? S'ils ne sont pas palestiniens, c'est ok !

1989 : Exécutions sommaires et détention arbitraire : les deux mamelles de l'occupation

1991 : Les Russes et la Terre Promise

2000 : Sharon sur l'esplanade des Mosquées : un coup monté de A à Z

2001 : « La résistance n'a pas été matée ! Assassinons Arafat »

2002 : « Opération Rempart » : le sociocide

2003 : Israël et la liberté d'expression

2007 : longues citations d'une interview de Khaled Meshaal, dont l'essentiel semble être, pour les auteurs : « Le Hamas veut bien établir un Etat palestinien seulement à l'intérieur des frontières de 1967, ce qui inclut la Cisjordanie , Gaza et Jérusalem-Est. Jusqu'à maintenant Israël ne reconnaît pas nos droits sur les territoires, occupés par elle-même. Tout ce que nous, les Palestiniens voulons, est la reconnaissance de ce droit. »

Conclusion : «  la Palestine nous concerne tous . Parce que c'est une injustice qui dure depuis plus de 60 ans ; parce que les Palestiniens continuent à résister ; parce que nous serons à notre tour victimes de violence et de privation de liberté croissantes, en l'absence de révolte contre le mensonge et la rapacité ».

 

Mais la brochure ne répond pas à la question que se pose le lecteur depuis le début : « nous » et « tous », c'est qui, exactement ? Visiblement, le livre est écrit pour les juifs de France, un groupe de gens qui a des intérêts spécifiques à défendre, et à qui le bilan des 60 ans de l'Etat d'Israël fait énormément de tort. Ce livre est aussi écrit pour que les juifs de France soient rassurés : dans la débandade générale provoquée par la stupidité des sionistes au pouvoir, le Hamas respectera leurs propriétés en Israël. Mais l'ambiguïté est maintenue jusqu'au bout, « tous » les lecteurs sont censés faire partie du « nous » menacé par les criminels israéliens.

On peut comprendre qu'il soit difficile aux auteurs de se situer, au plan de la conscience. Toutes les appartenances à deux nationalités posent ce problème. Habituellement, on les résout en distinguant des niveaux : un horizon idéologique ou religieux auquel on prête les traits d'une contrée d'origine quelque peu mythique et idéalisée, et qui sert de référence pour nos valeurs, et une patrie concrète où l'on incarne les idéaux auxquels on se réfère, pour le bien de cette patrie là dont on respecte les lois comme citoyen à part entière, parce qu'elle vous nourrit, la terre où l'on réside. Pas de référence ici au judaïsme ni à une autre religion. Et si on perçoit dans l'opuscule une réflexion sur les intérêts des Palestiniens, des Israéliens, d'autres nationalités encore, on n'en trouve aucune sur les intérêts des Français ou des Européens.

Le chapitre consacré à l'année 1979, intitulé « Auschwitz, la parole et la mémoire prohibées » est surprenant : aucun évènement en Israël ne caractérise cette année là, contrairement à toutes les autres. L'évènement qui donne un sens particulier à cette année, c'est l'élection de Simone Veil à la présidence du Parlement européen. C'est l'occasion pour les auteurs anonymes de dénoncer

« l'instrumentalisation du judéocide nazi [qui est] utile pour faire taire le monde entier face aux crimes israéliens […]. Mais si cela fonctionne si bien, c'est que ce génocide érigé en mal absolu, qu'il serait impudique de vouloir analyser ou de comparer à d'autres crimes, sauf à être traité d'antisémite, ne sert pas uniquement les intérêts d'Israël. En réalité, cette approche omniprésente, unidimensionnelle et quasiment mystique, est bien pratique également pour cette élite « blanche » propagandiste des « civilisations supérieures ». Les gouvernements européens et étatsunien se trouvent ainsi autorisés à faire l'impasse non seulement sur leur lâcheté et leur complicité avec Hitler concernant le génocide des juifs, mais aussi sur tous leurs autres crimes, qu'il s'agisse du génocide des Indiens d'Amérique, celui des Africains réduits en esclavage, ou encore de l'extermination pratiquée au nom des « bienfaits » de la colonisation. Les uns et les autres peuvent ainsi effacer à bon compte les pages les plus noires de leur histoire, se présenter en « libérateurs », minorer l'exclusion et le racisme qu'ils continuent à infliger dans leurs propres pays.

Mais il faut arrêter l'hypocrisie, à commencer par les « révélations » sur les horreurs nazies, qui étaient parfaitement connues des différents gouvernements, de l'étoile jaune obligatoire aux wagons plombés ».

Et cela est appuyé par quatre paragraphes du livre de Viviane Forrestier Le Crime occidental .

Autre surprise, la pudeur bienvenue dans l'évocation de la Shoah  : aucune mention des Six millions, ni des chambres à gaz ; seuls constituants explicites du judéocide : l'étoile jaune et les wagons plombés, en 80 pages.

On peut regretter que la mention du génocide des Africains ne comporte pas le terme de déportation. C'est dommage, parce que c'est pourtant là la matrice des déportations du XXème siècle, du nettoyage ethnique en Palestine, et des migrations de masse auxquelles sont contraints des millions de gens tous les jours, par la terreur et par la famine, provoquant à la fois la désertification de leurs pays par déracinement de la population et de sa culture, la mise en esclavage facile pour les individus isolés, et des commotions ingérables dans les pays d'accueil. La loi française de 2003 sur l'immigration, complétée par un amendement en 2007, condamne l'esclavage et la traite « pour mettre une personne à la disposition d'un tiers ou à son propre profit ». CAPJPO pourrait traîner en justice les autorités israéliennes qui pratiquent le nettoyage ethnique à leur propre profit, dans la digne lignée des négriers de jadis, parfaitement attestée puisqu'ils étaient parfois rabbins.

La véhémence atteint son comble avec une citation d'Elie Wiesel « décrivant la ‘France obscurcie de la fumée qui monte des synagogues incendiées' », suivie du commentaire de Jeremy Milgrom :

« Pour le moment, le monde ne réagit pas car les Juifs sont influents et les gens ont peur d'être taxés d'antisémitisme. Mais c'est nous, Juifs, qui sommes aujourd'hui responsables de l'antisémitisme ».  

Incohérence flagrante : si des juifs odieux sont responsables du martyre actuel des Palestiniens et du discrédit éventuel des juifs en général, pour ce qui est du passé, il semble aux auteurs hors de question que des criminels également juifs aient eu le moindre rôle funeste…

Une suggestion aux auteurs consternés par les « 60 ans de mystification » : qu'ils se battent donc frontalement pour l'abrogation de la loi Gayssot, celle qui bloque la recherche sur les origines du monstre israélien, du lobby que les auteurs attaquent, et du drame palestinien. C'est cette loi qui fait des « juifs influents » les grands inquisiteurs de notre temps. Les auteurs tiennent absolument à accuser les gouvernements européens et étatsunien pour les crimes et les mensonges autour de la Shoah  ; peut-être sont-ils de bonne foi, s'ils ne lisent que des publications autorisées. Mais tant qu'ils ne se retournent pas aussi contre les « juifs influents » qui tentent d'imposer partout dans le monde des « Lois Gayssot », ils continueront à faire partie de leurs troupes.

L'Allemagne vient d'ouvrir ses archives sur la déportation sous le IIIème Reich, des tonnes de documents déposés à Arolsen. Comment les chercheurs vont-ils pouvoir les exploiter, s'ils sont bâillonnés par une loi basée simplement sur les diktats d'un tribunal de guerre constitué par les « juifs influents » des pays vainqueurs ? Est-ce que seuls certains chercheurs juifs autorisés par les « juifs influents » devraient être autorisés à publier les résultats de leurs analyses ?

Les juifs français de gauche ne retrouveront leur prestige de combattants sincères pour l'humanité souffrante, celui qu'ils ont eu au temps de la splendeur du communisme, que lorsqu'ils affronteront franchement l'origine de la censure régnant aujourd'hui. Car eux seuls peuvent casser la prison mentale dans laquelle nous tient la loi française. Et lorsqu'ils étaient communistes, les juifs français ne prétendaient pas parler au nom des Juifs ou dans l'intérêt des juifs, mais en tant que Français et au nom de la justice sociale en France.

Olivia Zémor et Nicolas Schashani, les auteurs de la brochure non signée, s'énervent contre l'accusation d'antisémitisme tous azimuts, qui les vise eux aussi. Fort bien, mais pourquoi continuent-ils bel et bien à chasser les militants pour la Palestine que les Wiesel, BHL, Finkelkraut, Karsfeld, LICRA, L'Arche, Wikipedia et autres Anti Defamation League leur désignent comme les « vrais » antisémites, et à ignorer les masses arabes qui soutiennent le Hamas depuis des années ? Tant que cela durera, CAPJPO restera dans le triste camp des « pyromanes qui se soucient peu des feux qu'ils ont allumés », et ne représentera certainement pas plus qu'un groupuscule. Non, CAPJPO ne « nous » représente pas « tous » : ils représentent la fraction la plus lucide des Israéliens résidant en France, et ils cherchent à rallier d'autres juifs français. Ils pourraient faire beaucoup plus, pour tous les Français; et ils seraient définitivement sauvés du discrédit, car « les juifs sont influents » ; ce ne sont pas, en 2008, de misérables parias qui auraient besoin d'une discrimination positive comme une minorité souffrant d'un manque de reconnaissance.


http://www.plumenclume.net/textes/2008/israel/60-ans-de-mystification-200508.htm

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