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par Ginette Hess Skandrani, mars 2008 – Source : http://azls.blogspot.com
Constituée à Nazareth, en septembre 1975, au cours d'une grande réunion
publique, la "Conférence nationale pour la Défense des Terres Arabes"
dénonce le danger que constitue l'escalade de la politique de "judaïsation"
de la Galilée (Territoires de 48) pour l'avenir de tous les citoyens arabes
restés en Palestine lors de l'occupation ainsi que leurs descendants.
Cette conférence a appelé, en février 1976, toute la population arabe
d'Israël à la grève générale contre la confiscation des terres. Cette
initiative a connu une certaine ampleur et rappelé l'existence de ces
Palestiniens oubliés dans un État sioniste.
Le 30 mars 1976, une grande manifestation organisée par les Palestiniens
des Territoires de 48 a été violemment réprimée par l'armée israélienne :
six morts et plusieurs dizaines de blessés (village de Sakhnine, Arrabeh,
Dir-Hanna dans la vallée de
Bet-Nettofa).
Cette date du 30 mars a profondément marqué la conscience de l'ensemble
du peuple palestinien et s'est inscrite dans les dates charnières qui
jalonnent la mobilisation de lutte contre la confiscation continuelle des
terres et la libération de celles qui ont été spoliées en 1948 suite à la
complaisance de ceux qui ont cédé la Palestine, terre arabe, à des
ressortissants européens.
N'oublions pas que le 29 novembre 1947 l'Assemblée générale de la toute
jeune ONU crée après la fin de la dernière guerre mondiale pour éviter que
ne se reproduisent " d'autres tragédies ", s'est permise de voter la partition
de la Palestine par 33 votes voix pour, 13 contre et 10 abstentions.
La résolution 181, une des plus honteuses et des plus crapuleuses de
l'histoire de l'humanité, déclarait :
- un État juif sur 56,47 % de la terre de Palestine pour 498 000 juifs.
- un État arabe sur 43,53 % du territoire pour 807 000 Palestiniens et
10 000 juifs.
- un régime de tutelle internationale pour Jérusalem/Al Qods avec 105 000
Palestiniens et 100 000 juifs.
Le mandat britannique prenait fin la 14 mai 1948 et le lendemain était
proclamé unilatéralement l'État d'Israël. En quelques jours les Palestiniens
devenaient minorité au sein d'une entité étrangère, sans changer de lieu.
La fin du mandat colonial britannique annonçait leur aliénation existentielle
qui dure encore jusqu'à nos jours.
La Palestine a été jusqu'à ce jour l'unique pays que l'ONU a contribué à
détruire pour permettre aux sionistes de fonder sur ses ruines un État
nouveau.
Il faut aussi rappeler que les régions où se trouvaient concentrées les
populations palestiniennes de 1945 ne figuraient pas parmi les Territoires
alloués à Israël lors du plan de partage des Nations Unies de 1945. L'État
hébreu les avait annexées à la faveur de la guerre de 48. De fait le
ralliement du mouvement sioniste au plan de partage était purement
tactique dans l'intention de coloniser toute la Palestine.
Ben Gourion déclarait ainsi le 12 mai 1948, au cours des débats de la
Knesset sur la Déclaration d'indépendance (qui allait intervenir le 14 mai) :
« Il n'était pas question de mentionner le partage de la Palestine en deux États, encore moins de préciser quelles étaient les frontières de l'État juif,
parce que nous ne le savons pas. En cas de guerre avec les Arabes, nous
les contrecarrerons, nous occuperons la Galilée occidentale et la voie des
deux côtés de Jérusalem, et tout cela deviendra une partie de l'État. » [
Palestine 1947, Un partage avorté, de D. Vidal et A. Gresh, Complexe,
1987.]
Et pour cela il fallait expulser les Palestiniens, car l'expulsion a toujours été
le maître mot du projet colonial sioniste.
Rappelons aussi que l'État d'Israël est toujours le seul État qui a pu adhérer à l'ONU sans déclarer ses frontières. Il ne les a toujours pas déclarées, vu
qu'il convoite toujours toute la Palestine.
En 1948 et 1949, des centaines de milliers de Palestiniens étaient expulsés
et 420 villages arabes rasés ou transformés en localités juives. Jusque-là,
un million de Palestiniens vivaient dans ce qu'on appelle les Territoires de
48. Il ne devait en rester qu'environ 200.000 après les massacres et les
expulsions massives.
Ils sont aujourd'hui un million et demi. Mieux organisés depuis 1976, ils ont
continué la lutte contre le processus d'expropriation et de judaïsation de ce
qui leur reste des terres palestiniennes. Cette lutte a été violemment
réprimée et, ces dernières années, le processus d'accélération de la
colonisation a atteint son point culminant : annexion de Jérusalem,
construction et extension des colonies, afflux croissant de nouveaux
immigrants.
Expulsion, expropriation, judaïsation sont les trois axes du projet colonial
sioniste. les terres appartenant aux "réfugiés" étaient déclarées"vacantes",
elles ont été confisquées puis colonisées.
Israël a promulgué tout un arsenal de lois spécifiques aux Territoires de
48, non seulement pour légaliser les terres confisquées en 1948 et 1949
mais également pour permettre l'expropriation et la confiscation de
nouvelles terres. Ces lois, au nombre de six sont :
Les Defense Emergency Regulations (1945),
Ordonnances d'urgence sur la culture des terres en jachère (1948), Loi régissant la saisie des biens immobiliers en état d'urgence
(1949),
Loi sur les biens des propriétaires absents (1950),
Loi sur l'acquisition des terres (1953),
Loi de Prescription (1958).
La journée du 30 mars 1976 est le symbole de l'opposition à ce cycle
expulsion confiscation-colonisation.
Elle nous ramène aussi à une donnée souvent oubliée : l'unité de destin et
d'identité du peuple palestinien, qu'il se trouve dans les Territoires de 48,
dans ceux de 67 ou dans la diaspora attendant le retour.
Elle nous ramène aussi à l'Intifada, cette résistance qui a été si durement
réprimée. La célébration du Jour de la Terre est pour nous le témoignage
de notre solidarité avec l'ensemble du peuple palestinien. Aujourd'hui le
nouveau gouvernement représenté par le Mouvement Hamas, vainqueur
des dernières élections, et non reconnu par la communauté internationale
qui veut toujours faire plaisir aux sionistes remet en question l'ancienne
Autorité qui ne revendiquait plus que 22% (les Territoires de 67 et
Jérusalem-Est) et avait abandonnée la légitime résistance à la colonisation.
Nous espérons que les Palestiniens finiront par se réconcilier entre eux et
reprendront la résistance qui leur est commune, avant de négocier,
ensemble avec le colonisateur.
http://www.plumenclume.net/textes/2008/israel/journeedelaterre290308.htm