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ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

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LE PROCÈS DE TERAMO (I) :

première audience

Par Andrea Carancini

http://andreacarancini.blogspot.com/

La première audience a eu lieu le 6 juin 2008 au Palais de Justice de Teramo ; ont comparu les inculpés pour rixe , dix représentants de la communauté juive de Rome d'un côté, et de l'autre Agostino Rabbuffo, secrétaire provincial de « Fiamma Tricolore » [parti d'extrême-droite] pour la province de Teramo.

Rappelons brièvement les faits :

1° Durant l'année universitaire 2006-2007, Claudio Moffa, professeur à l'université de Teramo, était directeur du mastère « Enrico Mattei » au Proche-Orient, à la faculté des sciences politiques de l'université ;

2° dans le cadre de ce mastère, il a décidé de consacrer quatre heures au problème de l'Holocauste et invité, outre quelques spécialistes juifs comme V. Pisanty, Pezzetti et Sarfatti, Robert Faurisson, professeur d'université qui est probablement le plus célèbre historien « négationniste » (ou plus exactement révisionniste) de la version officielle de l'Holocauste ;

3° la conférence de Faurisson, prévue pour le vendredi 18 mai 2007 à la faculté des sciences politiques n'a pu se tenir à cause de trois incidents regrettables :

•  la campagne publique contre la conférence lancée par Adolfo Peppe, doyen de la faculté des sciences politiques, qui a provoqué un véritable feu croisé dans la presse nationale et locale contre Claudio Moffa ;

•  les articles de Massimo Franchi, journaliste de L'Unità [quotidien communiste, ndt] dégorgeant d'injures contre C. Moffa et contre le mastère qu'il dirigeait (dans un de ces articles, il annonçait notamment que la « communauté juive » de Rome se rendrait à Teramo pour l'occasion) ;

•  la décision du recteur de fermer toute l'université pour empêcher le déroulement de la conférence.

4° Le 17 mai 2007 au soir, pour parer à toute éventualité, C. Moffa décide de convoquer une conférence de presse au café « Grand'Italia » de la place de la Cathédrale [piazza Duomo], durant laquelle il avait l'intention d'annoncer où se tiendrait la conférence de Faurisson (le lieu n'étant pas encore choisi) ;

5° le 18 mai, vers 13 heures, C. Moffa et Faurisson se trouvaient sous les arcades du café « Grand'Italia » pour cette conférence de presse, et c'est à la fin, vers 14 heures, qu'eut lieu l'agression : brusquement, quelques personnages menaçants convergèrent vers la table de Faurisson. C. Moffa et un autre membre du mastère s'interposèrent entre les agresseurs et le professeur français, ce qui valut au premier d'être fortement bousculé puis frappé au cou par l'un des voyous.

6° puis Agostino Rabbuffo prit à parti l'agresseur de C. Moffa, lui reprochant vertement son acte ; les compagnons de l'agresseur se mirent à frapper Rabbuffo, tandis que la police et les carabiniers tentaient de s'interposer. Résultat : le chef de la police eut l'épaule fracturée ;

7° Le commissaire principal de la province ordonna à R. Faurisson de quitter la ville.

 

C'est à la suite de ces faits que le procureur Laura Colica a décidé d'inculper les accusés susmentionnés.

Le procès a commencé par une requête de l'avocate de C. Moffa, M e Francesca Fragale, aux fins de témoignage de C. Moffa et de Serge Thion. Il a été fait droit à la requête, ce qui est un grand succès, car il s'agit là de deux témoins essentiels.

Puis M e Fragale a introduit deux autres requêtes

1° la constitution de partie civile de C. Moffa ;

2° la modification du chef d'inculpation (abandon du chef de rixe au profit de celui de violence privée [violences], tentative de coups et blessures et menaces de la part des accusés).

 

L'avocat des dix membres de la communauté juive de Rome, M e Gay, s'est opposé aux deux requêtes (arguant que puisqu'il n'avait pas porté plainte dans les délais prévus par la loi, C. Moffa n'était pas fondé à les introduire).

Le juge a repoussé la première requête de M e Fragale, mais a transmis la seconde au ministère public qui pourra, s'il le juge nécessaire, ordonner un supplément d'enquête : c'est aussi un bon point parce que si le chef de violences, délit d'ordre public, est retenu, Moffa sera alors considéré comme victime et pourra se défendre dans ce procès.

Je me contenterai d'une remarque à propos de la première intervention de M Gay : dans la forme, l'analyse était parfaite, mais l'argument en soi est aberrant : il a nié non seulement l'existence d'un lien de causalité entre l'expédition punitive de ses clients et la campagne de dénigrement dont Moffa a fait l'objet dans la semaine précédant les faits (campagne qui, quelques semaines plus tard, a conduit les autorités de la faculté à fermer le mastère), mais aussi les faits de rixe reprochés à ses clients.

C'est donc lui, le négationniste.

Quoi qu'il en soit, il sera difficile de prouver ce qu'il affirme puisqu'on trouve, dans un journal qu'on peut difficilement considérer comme antisémite, à savoir le Corriere della Sera , des récits aussi peu ambigus que possible

( http://www.ucei.it/uceinforma/rassegnastampa/2007/maggio/corrieredellasera/190507_1.asp )

Cet article a même été reproduit sur le site de la communauté juive, ce qui prouve bien qu'ils sont les premiers à reconnaître la véracité du récit.

Après la phase préliminaire, le débat proprement dit a pu commencer : M e Gay a demandé (et obtenu !) de produire les actes de naissance de ses clients, afin de démontrer que des membres de leur famille étaient morts dans les camps de concentration allemands (ce qui prouverait, à son tour, que leur « indignation » envers le « perfide négationniste » Faurisson était justifiée). L'avocat de Rabbuffo a répliqué, à bon droit, que cette requête n'était pas « pertinente », parce que les liens de famille, dans ce cas précis, (c'est-à-dire dans le cadre d'une procédure technique , où l'on cherche simplement à établir s'il y a bien eu agression ou non) ne peuvent être une circonstance atténuante ou justifier d'éventuelles agressions [point que la justice italienne doit avoir à cœur, puisque la vendetta est une des grandes causes des meurtres dans les systèmes mafieux— ndt] mais, pour une raison ou pour une autre, le juge n'a pas éprouvé le besoin de la rejeter.

Prochaine audience le 11 juillet 2008.

 

En conclusion, on peut déjà dire une chose : le procès devra déterminer si l'agression contre Moffa et Faurisson (et contre Rabbuffo) était spontanée ou préméditée. En effet, il est désormais de notoriété publique que la communauté juive dispose de milices armées. Blondet a écrit un article sur la question ( http://www.ladestra.info/?p=8726 ). Ces milices sont évidemment illégales mais leur présence est tolérée par le ministère de l'intérieur. Quand Serge Thion a parlé de « manchette de karaté » contre Moffa, j'ai pensé que c'était peut-être la signature de l'un de ces groupes. J'espère bien que le procureur et l'avocat de Rabbuffo étudieront cette hypothèse.

On pourrait alors avoir de grandes surprises !

 


http://www.plumenclume.net/textes/2008/untitled/teramo-140608.htm

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