E

ENTRE LA PLUME ET L'ENCLUME

E théophile obengaMonsieur,

Théophile Obenga,

Africanismes eurocentristes: source majeure des maux en Afrique

in L'Afrique répond à Sarkozy: contre le discours de Dakar,

"Urgence d'une rupture épistémologique avec l'africanisme eurocentriste"

Extraits p. 351-355  :

 

« L'africanisme sait s'adapter selon les circonstances : il est omnipotent et arrogant aux XVI, XVII, XVIII et XIX èmes siècles ; il étouffe les chercheurs africains sérieux au XXème siècle, tout en favorisant les compromis ; il entend opérer des « révisions épistémologiques » en ce début du XXIème siècle.

Enseignants africanistes, centres d'étude et de recherche, laboratoires des langues et mutations, bourses d'étude, encadrement des doctorants, missions de coopération, festivals de la francophonie, prix d'outre-mer, émissions radiophoniques et télévisuelles strictement sélectionnées et programmées, conférences et séminaires qui favorisent l'enfermement culturel, boycottage systématique de l'œuvre de Cheikh Anta Diop par tout l'africanisme eurocentriste, musées aux orientations fondamentalement racistes, refus maladif d'aborder la « question » de l'Egypte nègre pharaonique, falsifications continues de l'histoire africaine, sanctification de la traite négrière occidentale, de l'esclavage et de la colonisation : voilà le bien que nous propose l'africanisme.

C'est-à-dire : si les images, les désirs, les mentalités et les volontés des Africains sont contrôlés, au plan décisif de la culture, alors les nations nègres, dépossédées, affaiblies, extraverties et infériorisées, obéiront, sans résistance, sans critique, à tout ce que l'Occident leur offrira : faux partenariats, contrats léonins, immigration choisie, co-développement sans développement, programmes de misère et de pauvreté dits d'ajustement structurel, bases militaires, pillpage des matières premières, mirages culturels.

Il y a donc lieu de comprendre, clairement, une fois pour toutes, que le paradigme culturel est l'une des grandes clés de la solution à nos problèmes, car ce paradigme concerne l'être humain en son essence même. Voilà pourquoi Cheikh Anta Diop a posé ce paradigme dès le départ de sa réflexion : Nations nègres et Culture, c'est-à-dire, conscients de leur histoire depuis l'Egypte des pharaons, de tout leur immense patrimoine culturel continental, de leurs grandes potentialités dans le monde scientifique et technologique moderne ; les Africains, unis, solidaires, panafricains, désireux de justice et de vérité (la maat pharaonique), peuvent encore créer et enrichir l'humanité. […]

Les chercheurs et intellectuels africains ont travaillé sur la paléontologie humaine, l'archéologie préhistorique, l'Antiquité nubienne et égyptienne, les royaumes et empires de jadis en Abyssinie (Aksum), en Afrique de l'Ouest médiévale, en savanes et en forêts des régions tropicales et équatoriales. Les grandes épopées ont été exhumées, analysées, publiées. Les voies commerciales ont été découvertes et cartographiées. Les migrations africaines internes ont été analysées selon des méthodes variées. Certains produits ont connu des évolutions, de la production artisanale à l'industrialisation. L'unité culturelle et linguistique du continent africain, inconnue des africanistes eurocentristes, a été démontrée et affinée. La vision du futur est la seule issue viable de l'unité politique et de l'Etat africain fédéral continental.

Toute autre est la perspective des « études africaines » africanistes eurocentristes : maintenir la tutelle, dominer, exploiter, proposer des ensembles politiques sans lendemain, du genre « Françafrique », « Euroafrique », etc. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) n'ont jamais été institués pour la misère africaine, pour le développement de l'Afrique. La philosophie véritable de la Banque mondiale et du FMI n'est pas de créer la richesse africaine, le bonheur des peuples africains. Leur règle directrice n'est que l'exploitation de l'Afrique, en dépit des nuances verbales et diplomatiques. Ces institutions financières occidentales « internationales » n'ont aucun scrupule d'ordre moral. Aucune éthique, sinon celle de la corruption, du scandale financier, de la dissimulation. Les « études africaines » africanistes eurocentristes travaillent de concert avec ces institutions financières occidentales « internationales » issues des accords de Bretton Woods pour dominer l'Afrique.

L'Occident tient l'Afrique noire soumise grâce à ce paradigme africain eurocentriste séculaire qui détermine tout le reste : détruire la conscience africaine en infusant partout le sentiment de subordination et d'infériorité, rendre nécessaire et sans alternative la soumission africaine, refuser toute promotion africaine quand cela entend redonner aux Africains les sentiments de dignité et de responsabilité historique, feindre de travailler pour le développement de l'Afrique (remise des dettes, aides, programmes, comités, coopérations, etc.).

On juge superficiellement quand on déclare que le discours du président de la République française est « paternaliste », « condescendant », « colonial » ou « néocolonial » : il s'inscrit, en vérité, dans une très longue tradition occidentale de dédain, de mépris de racisme européen vis-à-vis des peuples noirs d'Afrique.

Il est urgent et nécessaire de ne plus faire cas, en aucune façon, des « études africaines » africanistes eurocentristes qui perpétuent ce racisme occidental séculaire. Elles inspirent des attitudes, des programmes et des discours à l'instar de celui, très raciste, du président de la République française. Il n'y a que les Noirs d'Afrique à être traités de cette manière, et ceci par la faute, il faut bien le dire, des Africains eux-mêmes qui s'imaginent et se perçoivent comme inférieurs, conformément aux idéologies occidentales du plus pur racisme. »


http://www.plumenclume.net/textes/2008/zoe/obenga-160408.htm

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